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Ces thérapies de conversion qui ne disent pas leur nom

Ces thérapies de conversion qui ne disent pas leur nom

Canton par canton, les pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle et l’identité de genre deviendront bientôt hors la loi en Suisse. Mais elles prennent parfois des formes insidieuses et difficiles à discerner

À Neuchâtel, début mai, le Grand Conseil a légiféré sur les thérapies de conversion. Elles seront bientôt interdites et passibles d’une amende, suite à une motion déposée par les groupes VertPOP et socialiste. Neuchâtel fait ainsi figure de pionnier en Suisse. Dans d’autres cantons, on en est encore à l’étape précédente. Le Jura a approuvé une motion en janvier. Sur Vaud, «la loi a été transmise par le Conseil d’État au Grand Conseil. La Commission thématique de la santé publique va l’examiner le 16 juin», informe l’auteur de la motion acceptée fin 2021, le socialiste Julien Eggenberger. À Genève, premier canton romand à adopter une motion, en mars 2021, le projet de loi vient d’être déposé auprès du Grand Conseil, qui doit désormais l’examiner. Par contre, Fribourg n’a, pour l’heure, pas évoqué le sujet, et en Valais, le Grand Conseil s’est contenté de demander au Conseil d’État de réaliser une étude.

Les élus cantonaux se sont montrés unanimes lors des votes en faveur de l’interdiction (à quelques exceptions agrariennes près). Du côté des Églises, peu de voix se sont élevées pour défendre les thérapies de conversion. «Dans la grande famille protestante et les Églises historiques, la question est un peu une vieillerie. On a rapidement eu une lecture de la Bible beaucoup plus ouverte», assure Joël Burri, journaliste spécialiste des religions. En revanche, le courant évangélique, réputé pour sa lecture littérale de la Bible, a exprimé son opposition à une interdiction, notamment lors du vote de la motion neuchâteloise. Dans un communiqué, début 2022, le Réseau évangélique suisse avait affirmé que «les personnes pour lesquelles leur sexualité engendre un conflit intérieur ont besoin de soutien» et dit souhaiter pouvoir leur offrir un «accompagnement conforme à leurs convictions».

De fait, des centres et organismes suisses proposent, encore à l’heure actuelle, des «accompagnements spirituels» et autres «restaurations d’identité». Est-ce que les lois, adoptées ou en préparation, protégeront efficacement les personnes concernées? Car l’endoctrinement – par les Églises le plus souvent, mais aussi par des thérapeutes – se fait souvent de manière discrète, plus difficile à identifier qu’un programme ou un camp de réorientation sexuelle affiché comme tel.

«Beaucoup de cas se déroulent dans des contextes communautaires ou religieux, où l’individu se retrouve devant un seul choix: “changer”, c’est-à-dire devenir hétéro ou vivre dans l’abstinence, ou être pointé du doigt et perdre sa famille, sa communauté, et accessoirement son Salut», constate Adrian Stiefel, responsable de l’Antenne LGBTI Genève, le bureau cantonal de l’Église protestante de Genève pour les questions LGBTIQ+. Il a lui-même apporté son aide à des personnes vivant des situations de rejet au sein de leur communauté et de leur famille. Pour lui, «les procédés de certaines Églises, comme des prières individuelles ou collectives et parfois des exorcismes, ont le même impact que des “thérapies” plus formelles, mais ils sont plus insidieux car ils sont plus difficilement identifiables donc condamnables». Couvrir le plus de pratiques possibles

Couvrir le plus de pratiques possibles
Dans les cantons de Neuchâtel, Vaud et Genève, les textes adoptés ne mentionnent pas spécifiquement les thérapies de conversion, qui sont pratiquées encore aujourd’hui par plusieurs centres en Suisse, mais de manière plus générale « toutes les pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle ou l’identité de genre », dit par exemple la motion neuchâteloise. Adrian Stiefel, qui a été consulté dans le cadre de l’élaboration de la motion genevoise, va dans la même direction, en suggérant l’appellation « pratiques visant à modifier l’orientation sexuelle et affective ou l’identité de genre». Des formulations qui ont justement été choisies pour pouvoir mieux contrôler les pratiques problématiques. Reste à savoir jusqu’où. Punira-t-on un pasteur qui avertit ses fidèles LGBTIQ+ qu’iels risquent l’Enfer? Certains membres de la communauté le souhaitent.

Selon les cantons, les lois pourraient permettre encore davantage de protection pour les personnes LGBTIQ+, en permettant notamment de renforcer la prévention des abus. À Genève, le projet de loi prévoit notamment que des campagnes d’information soient menées et que le Conseil d’État s’assure de « l’existence d’espaces de reconstruction pour les personnes ayant eu à subir de telles pratiques », souligne Adrian Stiefel. De quoi, peut-être, permettre à l’organisme dont il est responsable d’élargir ses activités, en offrant par exemple un suivi psychologique aux victimes des thérapies de conversion et d’autres pratiques similaires. De plus, selon le Genevois, «une interdiction légale permettra d’établir une nouvelle norme sociale. Le fait de pouvoir condamner certaines pratiques et s’assurer qu’elles ne soient plus reproduites sera aussi un signal fort pour les victimes».