Suisse

Violence contre les personnes LGBTQ+: Fribourg dégaine ses stats

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La police cantonale fribourgeoise est la première de Suisse à recenser les délits à caractère discriminatoire, dans le cadre d’un dispositif pionnier, mis en place avec les associations Sarigai et LAGO.

C’était peu avant le «oui» du peuple à l’initiative sur l’élargissement de la norme pénale à l’homophobie. Fin 2019, le Parlement fribourgeois avait confié la mission à ses forces de l’ordre de recenser les agressions contre des personnes LGBTQ+. Première en Suisse à se plier à cette demande, la police cantonale a présenté hier ses premières statistiques en la matière.

Sur 58 «événements discriminatoires» recensés en 2020 dans le canton de Fribourg, douze ont ciblé des personnes LGBTQ+, le plus souvent pour des insultes. Ils survenaient généralement de nuit, en fin de semaine. Neuf plaintes ont été enregistrés et huit suspect·e·s dénoncé·e·s. Plus de la moitié des victimes étaient des femmes cis, selon ces chiffres. Les 46 autres incidents concernent notamment des discriminations raciales (35) et du harcèlement de rue (10), intégrés dans le même dispositif de surveillance.

Les événements recensés en 2020 ne sont que «la pointe de l’iceberg», selon le commandant de la police, Philippe Allain, cité par «La Liberté». À terme, il s’agit de mieux cibler les situations et lieux publics où surviennent ces agressions. Ce travail s’effectue en collaboration avec les associations LGBTQ+ locales, Sarigai et LAGO, chargées entre autres d’encourager les victimes à parler et porter plainte.

En débat dans une vingtaine de cantons

Une vingtaine de cantons planchent sur la question des statistiques sur les agressions visant des personnes LGBTQ+. L’idée va se concrétiser en Valais, où le Grand Conseil a lui aussi adopté fin 2019 le principe de statistiques pour les délits à caractère homo- et transphobes. La Ville de Zurich, où les agressions violentes sont devenues un véritable enjeu politique, a fait de même. Plus récemment, le gouvernement genevois a annoncé son intention d’intégrer cette demande dans un projet de loi-cadre sur la lutte contre les discriminations.

Au niveau fédéral, la réticence reste de mise. Une motion déposée en 2017 avait été rejetée l’an dernier par le Conseil des États. Les sénateurs avaient jugé hasardeux d’établir le caractère homophobe ou transphobe d’agressions dans la phase initiales d’une enquête. «La clarification finale du motif ne se révèle généralement que dans une affaire judiciaire», avait estimé Benedikt Würth (PDC/SG). L’expérience fribourgeoise pourrait montrer que l’exercice n’est pas si impossible et surtout, qu’il n’est pas vain…

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