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Pas de durabilité sans inclusivité

Pas de durabilité sans inclusivité

À l'approche de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie, Genève lance une campagne originale sur la place des personnes LGBTIQ+ dans les défis environnementaux, sociaux et politiques contemporains.

«Ne laissons personne de côté.» La Ville de Genève a pris au mot cette devise onusienne pour sa campagne 2024 de la Journée internationale de lutte contre l’homophobie, la biphobie et la transphobie. Dès cette semaine, dix affiches interpellent les passants dans les rues de Genève avec des faits impressionnants, passant au prisme queer les Objectifs du développement durable (ODD), ambitieuse feuille de route des Nations unies pour 2030. Déployée sur onze jours d’événements et de rencontres, la campagne est aussi l’occasion d’une valorisation des initiatives et des ressources des communautés LGBTIQ+ (lire ci-dessous)
 
À l’évidence, la perspective queer n’était pas vraiment présente dans les Objectifs tels qu’ils ont été adoptés en 2015 par les 193 pays membres. «Les personnes LGBTIQ+ ne sont nulle part dans ces ODD, et partout en même temps», résume Gaspard Nordmann, président et co-fondateur de Prismi, l’une des organisations associées à la campagne, active dans le soutien des communautés queer marginalisées et réprimées à l’étranger. Pour lui, il est donc important de visibiliser ces enjeux: «Cette campagne participative autour des ODD permet de créer un dialogue entre ce qui se passe en Suisse et à l’international, notamment sur des questions pour lesquelles il reste encore beaucoup à accomplir, notamment pour la communauté LGBTIQ+, telles que la précarité, l’accès à l’emploi, à l’éducation ou à la Justice.»
 

Touxtes concerné·e·x par les ODD, mais pas à égalité

Les ODD sont des conditions à remplir pour construire une société durable et viable pour touxtes. Mais certains groupes, en particulier les personnes LGBTIQ+, sont particulièrement impactées, comme l’explique Linn Molineaux, chargéx de mission Égalité LGBTIQ+ à la Ville de Genève: «Les personnes LGBTIQ+ arrivent désavantagées face aux crises qui amplifient ces inégalités et les discours de haine à leur encontre, et iels ne peuvent pas ou peu profiter des programmes d’aide aux personnes vulnérables.» 

Parmi les personnes les plus touchées figurent les populations autochtones, les personnes migrantes, les seniors, les communautés racisées, mais aussi les personnes trans. L’affiche de l’ODD 8, «Travail décent et croissance économique» révèle qu’un quart des personnes trans voient leur situation professionnelle se dégrader après leur coming-out. Une situation très préoccupante selon Lynn Bertholet, fondatrice et présidente de l’association genevoise Épicène, qui rappelle qu’«il n’y a pas d’inclusion sans intégration sur le marché du travail. En Suisse, on sait que près de 40% des personnes trans sont au bénéfice de prestations sociales, et près d’un tiers des personnes en transition perdent leur emploi en raison de leur transition».

C’est l’ODD 16, consacré la paix, à la justice et aux institutions, qui retient surtout l’attention de Gaspard Nordmann: l’affiche souligne que l’homosexualité est condamnée dans 69 pays.

«Ça me donne la chair de poule. Dans certains pays, pour être qui l’on est, on peut aller en prison ou être condamné à mort!» Face à ces enjeux, Prismi s’engage à l’international pour sensibiliser et soutenir les personnes LGBTIQ+, comme au Cameroun, où l’association apporte une aide alimentaire et judiciaire à cinq personnes emprisonnées en raison de leur homosexualité.
 

Vers une coopération plus inclusive et intersectionnelle

Gaspard Nordmann souligne aussi les enjeux derrière l’affiche relative à l’ODD 17, qui souligne que seuls 0,35% des fonds de coopération internationale sont consacrés aux personnes LGBTIQ+. «Cela montre bien que dans l’agenda 2030, il n’y a pas de ressources mises à disposition des communautés LGBTIQ+, malgré de bonnes intentions. C’est un fait sur lequel les ONG, les gouvernements et l’ONU devraient travailler, pour que la coopération soit plus inclusive.»

Et Linn Molineaux de citer le visuel sur le changement climatique (ODD 13) et son impact sur les personnes LGBTIQ+, ainsi que l’ODD 1, sur la pauvreté, qui interroge: «Saviez-vous que 1/3 des personnes sans domicile fixe sont LGBTIQ+?». «Ce fait s’articule avec l’accès à l’éducation, aux questions de santé, etc. Les programmes doivent prendre en compte les enjeux liés aux personnes LGBTIQ+ et s’intéresser aux rouages spécifiques liés à des questions d’exclusion sociale.»

En écho à ces thématiques intersectionnelles placées au cœur de l’année de mairie d’Alfonso Gomez, le Service Agenda 21-Ville durable travaille de manière transversale en développant une expertise de droits sociaux sur les questions environnementales, et inversement. Face aux discours de haine et aux inégalités qui tendent à se renforcer ces dernières années, surtout au sein des régimes autoritaires et des mouvements extrémistes, cette approche inclusive et intersectionnelle est porteuse d’espoir.

Une quinzaine foisonnante

Jusqu’au 26 mai, le programme d’activités (le plus souvent gratuites) concocté par la Ville de Genève donnera la parole à l’engagement sous toutes ses formes. Ce mercredi 15 mai, l’ouverture officielle de la campagne se fera en compagnie du journaliste et auteur français Cy Lecerf Maulpoix, dont le travail a inspiré quelques-unes des démarches qui seront présentées tout au long de la quinzaine. 

Le lendemain, Uni Mail devrait accueillir les stands des associations genevoises, avant le désormais  traditionnel hommage à Bartholomé Tecia et aux victimes de LGBTIQphobies, vendredi matin. L’après-midi sera consacrée aux aîné·e·x·s LGBTIQ+ avec «Parcours de seniors». Autres rencontres au programme, celle avec l’auteur de BD libanais Jospeh Kai, chroniqueur des vies queer dans un Liban en déroute (mardi 21), et avec la réalisatrice Juliana Curi en marge de la projection de son film Uýra – The rising forest, portrait d’une artiviste trans d’origine indigène qui lutte pour la défense de l’écosystème amazonien au Brésil (vendredi 24). 

Les questions d’écologie et de durabilité seront, par ailleurs, au cœur d’ateliers et de balades conçues spécialement pour les publics LGBTIQ+. Les tables rondes s’annoncent aussi passionnantes, comme celle consacrée à la place accordée aux communautés queer dans l’aide humanitaire et la coopération (jeudi 23), ou encore celle qui clôturera cette riche quinzaine. La puissance des marges explorera les expériences croisées des personnes LGBTIQ+, racisé·e·x·s et/ou en situation de handicap (samedi 25). AG

Tout le programme est à retrouver dans notre agenda, ainsi que sur 17mai-geneve.ch

Queeriser les luttes écologistes