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«J’ai voulu casser l’hétéronormativité de la pièce originelle»

«J’ai voulu casser l’hétéronormativité de la pièce originelle»
Photo: Olivier Lovey

Douze ans après le succès d'Il n’y a que les chansons de variété qui disent la vérité, adaptation pop de Platonov de Tchekhov, le metteur en scène Alexandre Doublet remet le couvert à Vidy-Lausanne avec une Nouvelle Génération, à savoir une jeune distribution résolument queer et un propos irrigué par les luttes actuelles de la communauté LGBTI. Interview.

Avant toute chose, pour celleux qui n’ont pas vu la série théâtrale que vous aviez montée: pouvez-vous rappeler quelle était l’idée derrière Il n’y a que les chansons de variété qui disent la vérité?

Alexandre Doublet: Il s’agit d’une réécriture de Platonov de Tchekhov, une pièce qu’il a écrite quand il avait 17 ans. Elle n’a jamais été publiée, jamais jouée de son vivant. C’est un brouillon, un manuscrit plein de trous, l’idée de la réécriture s’impose avec ce genre de texte. À l’époque, j’ai réécrit Platonov à partir de ma propre sociologie, celle d’un gars du Nord de la France, et j’ai agrémenté la pièce de chansons de variétés. Et puis je me suis entouré de mes petits camarades avec qui j’étais à la Manufacture (ndlr: la haute école de théâtre de Lausanne) à l’époque, et on a passé cinq ans à explorer, à traverser cette pièce.


Alexandre Doublet.

Dans quel répertoire étiez-vous alors aller puiser?

Dans celui de mon enfance. Mes parents écoutaient beaucoup, beaucoup de chanson française. Et puis il y avait aussi les chansons qui passaient à la radio. Il n’y avait pas encore internet, on n’avait donc pas la pléthore de morceaux qu’on a maintenant. La musique qui a accompagné mon enfance, c’est celle de Lou Reed, Sylvie Vartan, Lio, Cat Stevens, Leonard Cohen…

Qu’est-ce qui vous a donné envie de remonter Il n’y a que les chansons de variété qui disent la vérité?

Platonov parle de jeunes gens qui ont un peu moins de 30 ans, d’une génération qui est à l’aube de quelque chose de plus important qu’elle: la Révolution russe. J’ai eu envie de recréer le spectacle avec des interprètes qui ont l’âge que nous avions à l’époque, en me demandant: qu’est-ce que cette génération d’aujourd’hui nous raconte et quels sont les défis qui l’attendent, les questions qu’elle se pose? L’idée était aussi d’aborder toutes les luttes qu’il y a eu ces quinze dernières années, comme le mariage pour tous, l’égalité femmes-hommes, la libération de la parole, toutes ces choses qui sont extrêmement importantes et qui moi m’ont fait un bien fou. Ces luttes sont portées sur scène par des corps trans, des corps racisés, des corps queer, l’idée étant de casser cette hétéronormativité de la pièce originelle de 1880, dont les personnages sont des bourgeois blancs, mais aussi de ma mise en scène de 2012. Étrangement, j’étais encore très contraint.

Quelles sont les chansons de votre vie, celles qui vous ont accompagné et que vous continuez d’écouter?

Ce ne sont pas forcément des chansons de variété. Je pense à Exit Music de Radiohead, que je trouve magnifique. Il y a une chanson que j’écoute en boucle: Du Mouvement de Barbara Carlotti. Et puis une autre qui me touche beaucoup, c’est Ma Maison de Françoise Hardy, dans laquelle elle parle de la maison où elle a grandi et qui n’est plus là le jour où elle revient. Je me rends compte que ce sont toutes des chansons très tristes. (Rires.) Je crois qu’on ne fait pas ce métier sans avoir une part de tristesse – et d’espoir aussi. Nourrir sa mélancolie, c’est aussi être dans l’espoir.

Il n’y a que les chansons de variété qui disent la vérité (Nouvelle Génération), du 15 au 25 mai au Théâtre Vidy-Lausanne. Plus d’infos et billetterie sur vidy.ch

La pièce sera ensuite à l’affiche de la Comédie de Genève du 29 mai au 8 juin, et du Théâtre Les Halles à Sierre du 12 au 22 juin. Plus d’infos et billetterie: comedie.ch et theatre-leshalles.ch