Le stamm du comité national Contre les discriminations OUI à l'heure des résultats. Image RTS.

Pénalisation de l’homophobie: le formidable élan romand

La Suisse latine a plébiscité le «oui» à l’extension de la norme pénale, qui a triomphé hier dans les urnes, même dans les cantons catholiques qui s’étaient montrés très réticents face au partenariat enregistré il y a quinze ans.

1’413’609 fois «oui»: 63,1% des votants. Si le résultat de dimanche n’est peut-être pas aussi élevé qu’attendu par certains, surtout compte tenu des sondages mirifiques de ces dernières semaines, il s’agit néanmoins d’une éclatante victoire des partisans de la pénalisation des discours de haine homophobes. La nouvelle norme pénale antiraciste étendue à l’orientation sexuelle a été très largement acceptée par le peuple et les cantons (à 2,5 exceptions près) et devrait entrer en vigueur d’ici cet été.

Le combat était porté depuis 2013 par le conseiller national Mathias Reynard après l’affaire des tracts homophobes des Jeunes UDC. Hier, le jeune élu valaisan avait le triomphe modeste devant des militants enthousiastes réunis à Berne. «Cette victoire, c’est celle des associations. C’est les associations qui ont mené cette campagne, qui ont été dans la rue, qui ont mené à cette victoire. C’est sûr que l’homophobie ne va pas disparaître, mais le signal que l’on a envoyé aujourd’hui est puissant pour toutes les personnes qui ont vécu un jour une discriminations, une agression, qui éprouvent de la souffrance au moment de faire leur coming-out, parce qu’ils ont mal des regards qui peuvent leur être jetés, des réactions de la société.»

Vaud en pointe
Le vote a dessiné une nouvelle carte de la reconnaissance des minorités LGBTQ+, qui penche très fortement du côté de la Suisse latine, où le «oui» a été beaucoup plus franc. Les records ont été enregistrés dans le canton de Vaud, où la palme va à la petite commune de Chigny, près de Morges (89,4%), suivie de Mutrux et d’Arnex-sur-Nyon (88,8%). Lausanne n’est pas très loin, avec 86,3%, et mène le bal des grandes villes, cinq points devant Berne, et plus de dix points devant Genève, Bâle et Zurich. Les communes romandes qui disent «non» se comptent sur les doigts d’une main.


La comparaison est tentante avec la première votation historique qui concernait directement les homosexuels suisses: celle de 2005, quand l’UDF (déjà!) avait attaqué par référendum la loi sur le partenariat enregistré des personnes de même sexe. À l’époque, le Tessin, le Valais et le Jura avaient rejeté le texte. Or, près de quinze ans plus tard, ces trois cantons catholiques ont largement voté «oui», à des niveau égaux ou supérieurs à la moyenne nationale: 62,7% en Valais (44,8% en 2005 pour le partenariat enregistré), 66,8% au Tessin (46,8%) et même 73,8% dans le Jura (49,2%).

Certes, les objets étaient très différents – l’institution d’une nouvelle forme d’union pour l’un, l’extension d’une protection existante pour l’autre – mais l’évolution reste frappante, ceci d’autant plus que les résultats du 9 février 2020 et ceux du 5 juin 2005 sont très semblables dans les cantons alémaniques.

«La décadence!»
Secrètement heureuse de s’être offert une formidable caisse de résonance, l’UDF ne semble pas près de désarmer. Markus Wäfler, ancien conseiller national du parti évangélique ultraconservateur, a pris acte de l’échec de son référendum avec morgue. «Ce genre de progrès va plutôt dans la direction de la décadence!», a-t-il lâché devant une caméra de la RTS. La minuscule formation compte déjà se lancer dans la bataille contre le mariage pour tous, qui sera débattu au Parlement dès le mois prochain.

Une perspective contemplée avec confiance par Muriel Waeger, directrice de LOS et Pink Cross pour la Suisse romande: «Il sera désormais plus facile de revendiquer un mariage égalitaire, avec le signal positif que nous venons de recevoir, explique-t-elle au «Nouvelliste». J’entends par là un mariage qui comprend les mêmes droits et les mêmes devoirs, et non pas une sorte de partenariat amélioré, comme l’envisage le Conseil fédéral.» De fait, l’enjeu principal de ce débat sera sans doute l’accès des couples de femmes à la PMA.

La transphobie sacrifiée
D’autre sujets se profilent, comme la création de statistiques officielles sur les actes motivés par l’homophobie et la transphobie. La transphobie justement, grande oubliée de cette votation, avait été mise à l’écart de la révision du Code pénal pour de très obscurs motifs juridiques. À ce propos, la conseillère fédérale Karin Keller-Sutter a estimé sur la SRF qu’une nouvelle extension de la norme pénale à l’identité de genre devrait être soumise au Parlement. Mais la ministre a ajouté qu’elle doutait personnellement qu’une telle cause soit susceptible de dégager une majorité. Une déclaration prise comme «un coup de poing dans l’estomac» par Transgender Network Switzerland sur sa page Facebook.

2 comments

Vu de l’extérieur (je suis Français et je lis 360.ch régulièrement), on se demande, en voyant cette carte, ce que vous faites encore ensemble. Entre la Romandie où le oui l’emporte à 70-80%, et des trous paumés du Schwyz où l’on a voté l’inverse, qu’avez-vous encore de commun ? Franchement les gars, l’Europe n’attend que vous.

Parce que tu en connais beaucoup des pays où tous les territoires votent uniformément la même chose? Sérieux, c’est normal qu’il y ait des écarts

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