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Promoteurs tenus d’assurer la survie d’un pub queer

Friends of the Joiners Arms se mobilise depuis plus de cinq ans pour la sauvegarde de l'établissement.

La disparition des lieux LGBTQ+ n’est pas une fatalité. À Londres, les autorités ont obtenu le financement d’un lieu de remplacement pour un bar de quartier à démolir dans le cadre d’un projet immobilier.

C’était une véritable institution du quartier populaire, devenu branché, de Hoxton: le Joiners Arms a compté parmi ses habitués le couturier Alexander McQueen, le chanteur Rufus Wainwright ou le comédien Ian McKellen. Mais comme beaucoup d’autres établissements LGBTQ+ à Londres, ce pub-night club a fermé en 2015. Son bâtiment doit être démoli, puis reconstruit dans le cadre d’une importante opération immobilière devant donner naissance à un hôtel et à quelques logements.

Pressées par la mobilisation populaire autour de l’établissement, les autorités du Borough (équivalent de l’arrondissement) de Tower Hamlets avaient exigé des promoteurs qu’ils s’engagent à maintenir un club LGBT+ pour les 25 ans à venir. Or les travaux ont déjà pris six ans de retard, rapporte «The Observer», laissant la communauté locale sans son lieu de rencontre.

C’est ainsi que les promoteurs ont récemment pris une mesure inédite: financer un bar LGBT+ éphémère qui accueillera les habitués du Joiners Arms jusqu’à la fin des travaux.

Une enveloppe totale de 286’000 francs

«Si le projet va de l’avant, on doit s’assurer que la communauté queer ait un lieu de remplacement à long terme, et entre temps, un local pour compenser ces années de fermeture», explique Amy Roberts, du collectif Friends of the Joiners Arms, qui a multiplié les fêtes de soutien et les manifestations. Le collectif doit ainsi recevoir 100’000 livres (110’000 euros/120’000 francs) pour ouvrir ce club provisoire. La somme s’ajoute aux 138’000 livres (153’000 euros/166’000 francs) destinées à la réinstallation le Joiners Arms dans ses nouveaux murs, ainsi qu’à une dispense de loyer pendant dix-huit mois.

«J’ai hâte de voir les choses avancer», confie John Biggs, maire du Borough, «cela veut dire trouver un moyen viable de développer le bâtiment et de mettre sur pied une nouvelle boîte LGBT+. Quand nous aurons surmonté le Covid, Tower Hamlets sera aux premières loges pour célébrer sa diversité et pour être un quartier à visiter.»

Le Joiners Arms en 2014 et aujourd’hui. Photos FB/Friends of The Joiners Arms/Google

«Nos églises»

Le bar gay voisin, loin de se réjouir de la fermeture de son concurrent, attend aussi avec impatience la réouverture du Joiners Arms. «La protection des espaces queer est une nécessité actuellement», estime John Sizzle, copropriétaire de The Glory. «Ces lieux, bâtiments et monuments se combinent pour devenir nos églises. Ce sont des congrégations où l’on s’aime, où l’on rit, où l’on pleure. Des endroits où apprendre et grandir pour devenir des individus aimants, où l’on partage du savoir et transmet une histoire.»

De 2006 à 2017, la capitale britannique a vu fermer les deux-tiers de ses bars, pubs et clubs LGBTQ+, fragilisés par une fréquentation en baisse et par la spéculation immobilière. Il n’en reste aujourd’hui qu’une cinquantaine, plus que jamais menacés par la crise actuelle. En septembre, la municipalité a mis en place un plan de sauvetage pour onze d’entre eux.

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