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Elyssa fait fleurir la scène drag

Elyssa fait fleurir la scène drag

Drag queen neuchâteloise, Elyssa Fleur se bat pour des espaces queer plus inclusifs et pour une meilleure rémunération des performances drag. Elle a créé il y a quelques années les Dragâteloises, un show qui fête sa 10e édition en décembre. Rencontre.

C’est il y a presque six ans qu’Elyssa Fleur a éclos. Traversant une période difficile, la jeune Neuchâteloise derrière ce personnage haut en couleur avait découvert la scène drag belge dans les rues d’Anvers. Une révélation. «C’était une période où j’étais au fond du trou», se souvient Elyssa Fleur, sans se départir de son grand sourire. «J’apprenais la danse classique dans une école en Allemagne et j’ai dû rentrer parce que ça n’allait pas bien du tout. J’ai fait une dépression, et même une tentative de suicide. J’aurais dû faire un stage de danse à Anvers et finalement, j’y suis allée, mais pour des vacances. C’est là que j’ai eu mon premier vrai contact avec le milieu gay et la scène drag. À mon retour, j’ai commencé à acheter du maquillage et tout…»

La jeune drag queen apprend, d’abord sur le tas, l’art de la performance, se rapproche de la scène lausannoise puis zurichoise. Au milieu de tout cela, elle se choisit un nom. «J’ai choisi Elyssa parce que c’est un autre nom de Didon, la reine de Carthage, qui se suicide dans l’opéra de Purcell Didon et Énée. C’est une histoire qui m’a suivie. Fleur, c’est en référence à mes origines mauriciennes, au fait que j’aimais beaucoup jardiner avec ma grand-mère. En fait, Elyssa symbolise la mort et Fleur la renaissance», confie-t-elle.

Elyssa Fleur performe pour la première fois en Angleterre et, aujourd’hui, elle ne compte plus les shows et apparitions: Prides de Lugano et de Genève, clubs, et même la très neuchâteloise Fête des Vendanges. Elle participe également avec succès à plusieurs concours, dont le Heaven’s drag race, organisé par le club zurichois du même nom. Dans la cité alémanique, elle rencontre la subtilement nommée House of Anus, dont elle fait toujours partie, et celle qui deviendra sa mère drag, Effi Mer Delamaskis. «Elles m’ont vraiment aidée à level up, à augmenter mon niveau», raconte la Neuchâteloise, qui avoue également avoir plus d’affinités avec le milieu zurichois qu’avec les scènes lausannoise et genevoise, dont elle s’est petit à petit éloignée.

Les racines jamais loin
Mais Elyssa Fleur reste Neuchâteloise avant tout. Et quand des ami·e·x·s, membres de la compagnie théâtrale Mnémosyne, aujourd’hui dissoute, la contactent pour monter un show drag, elle ne peut refuser. Pour ce premier spectacle, organisé en 2018, elle performe et, surtout, coache les autres artistes, tous·tes·x débutant·e·x·s, qui se produisent sur scène. L’événement remporte un succès inattendu. «Je me suis rendu compte que c’était le moment de créer une scène régulière sur Neuchâtel», raconte la drag queen, qui a entre-temps fondé sa propre maison, la House of Fleur. Les Dragâteloises sont donc nées en 2019, et se produisent désormais trois fois par an à Peseux, tout près de Neuchâtel. Une association a même été créée à l’été 2022 pour les chapeauter.

«Entre le maquillage, les tenues, les perruques… c’est un art qui coûte cher et c’est impossible d’évoluer si on n’est pas bien payé·e·x·s»

Le concept consiste à promouvoir avant tout les artistes de la région, le comité d’organisation offrant volontiers l’occasion à des «baby drags» de faire leurs premiers pas en chaussures à plateformes sur scène. Un autre principe auquel tient Elyssa est de rémunérer correctement les artistes qui performent, et plus largement le personnel embauché pour l’organisation des soirées. «Entre le maquillage, les tenues, les perruques… c’est un art qui coûte cher et c’est impossible d’évoluer si on n’est pas bien payé·e·x·s», estime-t-elle. Elle partage ses réflexions sur l’évolution du milieu ces dernières années: «Il y a eu un élan en Suisse à la fin des années 2000, où il fallait faire le plus possible avec peu de moyens financiers, parce que c’était important de faire bouger les choses. Cette logique est restée jusqu’à maintenant, on veut faire toujours plus avec moins. Nous, notre façon de voir, c’est se calmer, prendre le temps de bien faire les choses et se donner les moyens. L’art du drag est reconnu maintenant, il n’y a plus la même urgence.»

Si les Dragâteloises sont avant tout un lieu de spectacle et de fête, la politique y a aussi sa place. «C’est aussi un espace d’éducation de la communauté et de son entourage, qui vient volontiers assister aux shows», assure leur fondatrice qui assène: «Quand tu fais du drag, tu entres dans une dimension politique, que tu le veuilles ou non. C’est une performance de genre qui va à l’encontre du système binaire, sexiste. Il vient bousiller cette vision du monde omniprésente qui fait beaucoup de mal à la communauté queer. Je comprends que tout le monde n’est pas à l’aise de partager des messages politiques sur les réseaux par exemple, mais il faut être engagé·e·x par ses actions. Il ne faut pas faire de drag si on ne veut pas cette dimension, c’est irrespectueux envers la communauté et les premières drag queens qui ont fait beaucoup pour les droits queer.»

Une scène plus inclusive
Elyssa Fleur souhaite voir davantage de lieux queer inclusifs fleurir en Suisse et assure que les Dragâteloises en font partie. «C’est l’espace que j’aurais aimé avoir quand j’avais 18 ans» sourit-elle. «On a besoin de plus d’espaces pour la communauté LGBTIQ+, c’est indéniable, mais on a surtout besoin d’espaces plus variés. La scène de la nuit, à la fois queer et sex positive, se développe, c’est bien. Mais il faut aussi créer des milieux plus ouverts le jour, qui favorisent les rencontres et les discussions. Pour l’instant, c’est difficile de trouver son compte.»

La performeuse avoue que la scène queer et drag n’est pas encore un modèle d’inclusivité. «Elle est encore très blanche, gay, cis. Ces hommes ont pris le monopole dans les années 2000 et la bienveillance n’était pas forcément au rendez-vous. C’est un défi aujourd’hui que de faire revenir les gens qui ont fui ces milieux, en proposant quelque chose de plus inclusif.» Elyssa se réjouit de voir que de plus en plus de lieux, d’événements, d’initiatives fleurissent et se maintiennent dans le temps. Une scène qui est «de plus en plus faite par et pour la communauté», plus adaptée à ses besoins… et qui a de beaux jours devant elle!

La 10e édition des Dragâteloises aura lieu le samedi 9 décembre à Peseux (NE). Pour cet anniversaire, le comité proposera une performance commune et invitera des drag queens et kings qui étaient déjà monté·e·x·s sur scène lors des précédentes éditions. Plus d’infos sur le site dragateloises.ch ou sur leur compte Instagram.