Alexander McQueen, fascinant génie de la mode

Un documentaire tente de percer la personnalité complexe du couturier britannique très controversé, créateur à la fois visionnaire, extravagant, provocateur, triste et torturé.

«Je fais défiler les horreurs de mon âme sur les podiums…» Une phrase qui n’étonne guère de la part d’Alexander McQueen, le fascinant et provoquant couturier britannique, descendu en flammes, haï ou adulé, mort à 40 ans en 2010. Un visionnaire à qui Ian Bonhôte et Peter Etterdgui ont consacré un émouvant portrait. Il débute au Saint-Martin’s College Of Art And Design, pépinière de talents où il est repéré par la journaliste de mode Isabella Blow. Elle va le propulser vers les sommets. L’ascension est même fulgurante pour ce bad boy avant-gardiste, né dans un milieu modeste, d’un père chauffeur de taxi et d’une mère enseignante qu’il vénérait.

Sans un sou en poche, le «hooligan» de la fringue débarque à Paris et intègre la maison Givenchy dont il devient le directeur artistique. Le contraste avec son monde et son approche de la mode est saisissant. Mais il garde son propre label où il donne libre cours à sa créativité, son inventivité au sein d’un univers complexe, trouble, glauque, puisant son inspiration dans l’histoire, la danse, la peinture, la musique, la littérature et le cinéma. Amoureux du drame et du scandale, désireux de choquer, le concepteur de vêtements déments imagine des défilés extravagants où il déploie son sens du spectacle, de la théâtralité, de la chorégraphie. A l’image de sa collection «Le viol de l’Ecosse», en 1995, proposant des habits déchirés, lacérés au niveau des seins, avec des traces d’urine à l’entrejambe… La presse se déchaîne.

Toujours sulfureuses, ses collections avaient un thème, comme son utilisation de robots qui aspergeaient de peinture un mannequin en robe blanche, son époustouflant hologramme de Kate Moss, son hommage à Hitchcock, sa mise en scène dans un asile psychiatrique, sa dénonciation de la société de consommation dans «Horn Of Plenty», ou sa dernière présentation, «Plato’s Atlantis», filmée par des drones. Elle raconte un monde sous-marin hostile, avec des robes-méduses, des corps recouverts d’écailles, de corail…

Le documentaire tente ainsi de percer la personnalité complexe d’Alexander McQueen, homosexuel déclaré, abusé dans son enfance, en symbiose avec la nature. Entre les shows extraordinaires, les réalisateurs proposent des images d’archives, de surprenantes vidéos intimes et inédites. Tous ces témoignages, dont ceux (trop nombreux et répétitifs) des siens et de son entourage, évoquent l’excessif artiste de génie, mais aussi un homme obsessionnel, triste, torturé, miné par la drogue et l’alcool. Séropositif, il s’est pendu le 11 février 2010, la veille de l’enterrement de sa mère.

» Sortie le 5 septembre

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