Le député Valentin Landmann, entouré des conseillers nationaux Hans Ueli Vogt et Barbara Steinemann.

Quand l’UDC s’improvise championne de la lutte contre l’homophobie

Le parti populiste avait combattu l’extension de la norme antiraciste à l’orientation sexuelle, le voici aujourd’hui qui vire de bord et défend une sévérité accrue face aux «crimes de haine» homophobes.

Tiens, tiens… Le premier parti de Suisse s’intéresserait-il soudain à la lutte contre l’homophobie? Plus d’un mois après la votation sur l’extension de la norme pénale antiraciste – texte que l’UDC avait été le seul parti gouvernemental à combattre (certes en ordre dispersé) – voici que des voix s’élèvent au sein de la formation populiste pour réclamer un durcissement des peines pour les crimes de haine racistes, antisémites ou homophobes. L’idée émane d’un député au Parlement cantonal zurichois, Valentin Landmann, par ailleurs avocat pénaliste et star controversée du barreau zurichois. Elle surfe sur la vague d’indignation soulevée par l’agression dont avait été victime un couple gay la nuit du Nouvel-An dans le quartier du Niederdorf, la dernière d’une série ayant choqué la ville au cours de 2019.

La législation actuelle fait que le caractère homophobe présumé de tels actes ne constitue pas une circonstance aggravante, rappelle Landmann. «Si l’auteur commet un crime par haine d’un groupe de personnes lié au handicap, au sexe, à la nationalité, à la race, à l’ethnie, à la religion, à l’orientation sexuelle, à la position politique, à l’âge ou à d’autres caractéristiques, la sanction doit être renforcée», explique-t-il à «20 Minuten». Le Code pénal étant du ressort des chambres fédérales, ce sont ses collègues siégeant à Berne Barbara Steinemann et Hans Ueli Vogt qui défendront une motion au Conseil national.

Démagogie
Les sous-entendus sont assez transparents, surtout lorsque l’on sait que les quatre suspects de l’agression du Nouvel-An, arrêtés au début du mois, sont tous étrangers. De fait, l’UDC ne cache pas que son but est de faciliter les expulsions. «Celui qui vient en Suisse pour donner libre cours à sa haine doit s’en aller», explique Vogt. Mais pour le conseiller aux États socialiste Daniel Jositsch, le projet est superflu. «Le cadre pénal actuel pour la plupart des délits n’est pas pleinement utilisé. À mon avis, il serait donc plus logique que les tribunaux profitent des instruments existants.»

En attendant, on dirait bien que le parti populiste suisse découvre tardivement les recettes de l’extrême droite du Nord de l’Europe consistant à exploiter le sentiment d’insécurité dans une partie de l’électorat gay. Cette stratégie a notamment fait ses preuves depuis vingt ans aux Pays-Bas, où de Pim Fortuyn à Geert Wilders, les leaders populistes se sont fait les champions de la dénonciation des violences homophobes… dès lors qu’elles sont commises par des étrangers.

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