Culture

La Gen Z rafraîchit en série

Sex Education
Sex Education saison 3, sur Netflix

Gene+ation, saison 3 de Sex Education, Euphoria… La jeune génération s’éduque et nous rééduque en renouvelant genres et sexualités, avec un naturel débordant.

Fier, fierce, Chester traverse la cour avec une aisance plus grande que lui-même. Son crop top emmerde la terre entière et le protège – pour un instant – de toutes ses insécurités planquées. Convoqué pour un énième non-respect du code vestimentaire, il en profite surtout pour faire de l’œil à son nouveau conseiller scolaire. Il s’en balance bien de la règle. D’ailleurs la règle, c’est d’offenser la normativité.

Deux scènes plus tard, dans la série américaine Genera+ion, diffusée cet automne sur Canal+, Chester broie un spleen qu’il ne pige pas vraiment lui-même. Tout au sommet d’un échafaudage surplombant la ville, il regarde au loin, pensif, son avenir encore indéterminé. L’image est poudrée, suicidaire autant qu’elle est belle. Du coup, il en fait un selfie. Puis le poste. La Génération Z met en scène sa propre confusion adolescente.

Apprenti·e·x·s du sexe éclairé·e·x·s
Aujourd’hui, chaque nouvelle production teenage rend Dawson un peu plus mièvre encore. Le millénial en nous a déjà été éjecté du récit. Tout bouge à la vitesse des réseaux et des hormones. Ici, bien sûr, ça se cherche mais ça se sexte déjà, ça se tape le mec de sa sœur – adorée, pourtant – dans un vague regret noyé dans l’Oxy. En classe, ça fracasse la pensée beaucoup trop binaire du prof. Ça parle de climat comme de PreP, de fluides et de fluidité. Ça embrasse la diversité des corps et des vulves dans une gloire bodypositive.

Les personnages d’aujourd’hui frappent de réalisme avec la tête bien faite. Bien sûr, ils restent ados paumés quelque part entre vide, maladresse et toute-puissance. Oui, iels ont tout à (nous) apprendre, mais iels en savent déjà beaucoup. Iels sont woke, bien réveillés. Et rétrospectivement, on se dit que jusqu’à il n’y a pas si longtemps, les vraies interrogations sur nos sexualités étaient soit totalement absentes des récits ados (Skins excepté?), soit tristes comme un vieux cours d’éducation sexuelle. Elles se payaient bien des petites incursions timides par-ci, par là. Mais comme elle manquait au paysage, la fraîcheur d’Eric, Jules, Ola, Cal, Rue, Viv, Aimee, Otis et tou·te·x·s. ces apprenti·e·x·s du sexe éclairé·e·x·s! En rires ou en drames, iels nous gluent, de Sex Education à Euphoria.

Porter les combats de leurs temps
Dans les chiottes abandonnées du lycée, entre deux casiers ou sur les applis, ces jeunes bi, hétéra, trans*, lesbiennes et gays ont digéré tout un tas de combats et de possibles identités avec lesquels iels tentent de se définir (ou choisissent déjà de ne plus le faire). D’ailleurs tout au départ dans Sex Education, Otis donne des conseils sexuels clandestins. Dans la saison 3, Cal affiche une non-binarité assumée mais douloureuse au vestiaire comme au quotidien. Les phobies intériorisées peuvent être là, mais elles n’enferment pas, elles servent plutôt des histoires de transformations. Les scénaristes qui leur ont donné vie trouvent par la fiction la voie royale pour faire circuler des représentations libératrices.

De scènes en dialogues désopilants, les héritages décoloniaux ou féministes circulent. Dans la noirceur d’Euphoria, Rue (Zendaya) ou Jules (Hunter Shafer) cherchent autant la dopamine qu’elles-mêmes, thématisant au passage la dépression, les addictions juvéniles et la visibilité trans*.

Force de l’attachement
Certaines séries créent l’attachement plus habilement que d’autres. Les personnages californiens de Genera+ion (dont l’une des productrices n’est autres que Lena Dunham, créatrice et actrice de Girls), sont presque un peu trop conscients de ce qu’ils sont en train de montrer. Trop d’intention tue l’attention. On s’agace. Alors que dans Sex Education, iels se surprennent eux-mêmes, elles-mêmes, iels-mêmes. Iels n’ont jamais tout compris, iels n’ont pas un «discours sur». Moins instagramé·e·x·s, iels nous touchent davantage. Ni exceptionnels ni parfaits, mais drôles et vrais. Même l’apprentissage du sentiment d’aimer, grand brouillon insolvable, ouvre plein de nouveaux possibles déroutants. On complexifie la manière de l’expérimenter, de s’y casser le cœur et les dents. Ça peut faire mal, mais c’est intelligent.

Sex Education, saison 3, sur Netflix
Euphoria, sur OCS (saison 2 imminente mais sans date encore)
Genera+ion, sur Canal +

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