«Angels In America», compagnie Philippe Saire. Photo: Philippe Weissbrodt

Les années sida, inscrites dans les coeurs et dans les corps

Le chorégraphe Philippe Saire saute le pas et s’attelle à la mise en scène du monument «Angels in America», qui se déroule en 1986 sous la très conservatrice présidence Reagan, au moment des premiers ravages du sida.

Mythique pièce de la fin du XXe siècle signée Tony Kushner, «Angels in America» est riche de bien des succès. Auréolée du prestigieux Pulitzer, elle a également eu droit à une adaptation télévisée en 2003 de la part de Mike Nichols et lyrique, par le compositeur hongrois Peter Eötvös en 2004, au Théâtre du Châtelet, à Paris. C’est d’ailleurs par ce biais que le chorégraphe Philippe Saire en a eu vent. «J’ai découvert ce texte, comme beaucoup de gens, par la mini-série américaine qui en a été tirée, avec entre autres Meryl Streep, Emma Thompson et Al Pacino», explique-t-il dans sa note d’intention. «J’ai été fasciné par la forme d’épopée qu’il prenait, ses aspects fantastiques, mais aussi par ce que la pièce disait sur l’arrivée du sida et ses impacts, sur le politique, le religieux et les relations humaines.»

Pas question pour autant d’en faire une version dansée. Grâce à la pièce, le chorégraphe réalise enfin son rêve. «Mon rapport au texte et au théâtre, c’est une vieille histoire», poursuit-il. «J’avais hésité à un moment entre devenir danseur ou comédien. Mon travail chorégraphique est souvent empreint d’une forme de narration, je requiers auprès des danseurs une interprétation souvent nourrie d’états, d’intention.»

«Vie et Mœurs du Caméléon Nocturne», l’une de ses chorégraphies, est d’ailleurs très librement inspirée du «Songe d’une Nuit d’été» de Shakespeare. Il enseigne également le mouvement aux comédiens de l’école de la Manufacture, où il développe différents outils pour aborder les textes de manière physique. «C’est un processus que j’ai mis au point au fil des années, et cela fait un certain temps que j’ai envie de l’amener sur le plateau», avoue-t-il. «Il me fallait la rencontre avec un texte. «Angels in America» était celui-là.»

Dimension personnelle
Le récit fait par ailleurs écho à une situation vécue par Philippe Saire, donnant ainsi une dimension plus personnelle au projet. «Lors des séances de travail que nous avons déjà entamées avec quelques comédiens, je me suis rappelé combien, alors que j’étais jeune adulte et sur le chemin d’accepter et dévoiler mon homosexualité – ce qui était chose encore moins simple qu’aujourd’hui –, j’avais vécu l’apparition du VIH comme un coup de semonce, et un frein à mon acceptation. C’est un souvenir qui s’est comme réveillé, alors que je cherchais en quoi je me sentais intimement concerné par la pièce. Et cela a éclairci et renforcé ma nécessité de monter ce texte.»

Une version néanmoins écourtée par rapport à l’originale, qui durait près de sept heures! «Il a fallu faire des choix drastiques pour arriver à réduire distribution et durée», reconnaît le metteur en scène. «Parfois ces choix ont été difficiles, comme pour le personnage d’Ethel Rosenberg mais l’explication nécessaire de son personnage – pas issu de la culture européenne – aurait pris une place disproportionnée.» Au final, deux heures et demie d’un spectacle coup de poing, qui nous rappelle que les années sida sont encore dramatiquement actuelles.

» «Angels in America», de Tony Kushner, mis en scène par Philippe Saire, avec Adrien Barazzone, Valeria Bertolotto, Pierre-Antoine Dubey, Joëlle Fontannaz, Roland Gervet, Jonathan Axel Gomis, Baptiste Morisod Du lundi 13 au samedi 18 janvier @Comédie de Genève; bd des Philosophes 6, Genève. Puis en tournée à Fribourg (Nuithonie) les 20 et 21 février; à Bienne (Nebia) le 5 mars; à Delémont (Centre culturel régional) le 7 mars et Yverdon (Théâtre Benno Besson) le 2 avril.

Pour aller plus loin

En marge de la pièce, des ateliers conçus en partenariat avec la Compagnie Philippe Saire, la Fédération genevoise des associations LGBT et la Comédie de Genève sont proposés aux élèves du secondaire II. Le projet implique bien entendu que les élèves assistent à la pièce «Angels in America», mais également des jeux de rôle et une discussion afin de les préparer au spectacle. Cette action vise à mener une campagne de sensibilisation et de prévention contre les violences et discriminations LGBT-phobes.

» Pour toute information complémentaire, contacter Florence Proton: +41 21 620 00 15 ou florence. proton@theatresevelin36.ch

À lire également