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Bambi, reine de cabaret et icône trans*

Bambi, reine de cabaret et icône trans*
Photo: Sébastien Buchmann
Meneuse de revue au cabaret de Madame Arthur et au Carrousel de Paris pendant vingt ans, Bambi est l’une des premières femmes ouvertement trans* à s’être emparée de l’espace médiatique. Un quotient queer qui s’annonce spectaculaire.

Née en Algérie en 1935, Marie-Pierre Pruvot, plus connue sous son délicat nom de scène Bambi, peut se targuer d’avoir marqué le public sur plusieurs générations. À l’image de son personnage, l’artiste a vécu mille vies. D’abord danseuse de cabaret et chanteuse, elle reprend ses études sur le tard et devient professeure de lettres et écrivaine. Une représentation on ne peut plus précieuse (vous connaissez beaucoup de femmes trans* de plus de 80 ans qui soient visibles, vous?).

Paillettes, drag queens et lesbianisme

Bambi atterrit dans les cabarets parisiens après être passée par le lycée des garçons d’Alger. Consciente très jeune de sa transidentité, attendant «un miracle qui fera [d’elle] la femme [qu’elle est]», elle abandonne ses études à 16 ans et commence à travailler deux ans plus tard chez Madame Arthur. De cette époque, elle raconte comment elle tenait tête à la police – le vêtement dit féminin était alors interdit pour les personnes assignées «homme» à la naissance –, mais également sa fascination infinie pour celles que l’on n’appelait pas encore drag queens. Elle passera vingt ans, durant les années 1950-1960, à rendre hommage chaque soir, sur scène, aux sous-cultures queer de l’époque. Au Carrousel, elle rencontre Ute Wahl, une autre danseuse, avec laquelle elle entretiendra une liaison passionnée… et fera même des performances scéniques lesbiennes.

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La difficile exposition médiatique de sa transition

Le plus grand courage de Bambi réside sans aucun doute dans le fait d’avoir transitionné publiquement, à une époque où les personnes trans* souffraient de représentations rares et pour le moins hostiles. En 1961, quelques années après son amie Coccinelle, qui lui fait découvrir les traitements hormonaux, elle bénéficie d’une opération de réassignation sexuelle à Casablanca. Dans la foulée, elle obtient l’un des premiers changements d’état civil en France, accordé par les autorités coloniales algériennes, et automatiquement appliqué dans l’Hexagone. Un parcours historique au regard de la quasi inexistence des droits trans* dans la France des années 60. Un documentaire est d’ailleurs consacré au parcours du combattant de l’icône: Bambi, une nouvelle femme, réalisé par Sébastien Lifshitz en 2021.

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Une seconde existence d’amoureuse des mots

Après une vie sur scène, Marie-Pierre Pruvot se tourne vers les belles lettres et devient professeure de littérature moderne en 1974, après avoir passé son bac à 33 ans. Rapidement, elle commence elle-même à écrire – de l’autofiction surtout – sous le nom d’emprunt de Marie-Pierre Ysser. Elle raconte dans ses romans sa transition, la condition de femme trans* et sa folle vie dans les cabarets. Une manière d’apporter son regard sur les luttes des femmes trans* dans les années 1950-1960. Sans le vouloir, peut-être, l’artiste kaléidoscopique montre par ailleurs aux personnes trans* plus jeunes qu’elles peuvent, elles aussi, aspirer à un futur riche d’aventures et de liberté.

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Résultat: 10/10

Un sans faute pour l’artiste, seule femme trans* à avoir été élevée au grade de chevalier de l’Ordre du Mérite par l’État français. Une récompense qu’elle dédie à tous·tes·x celles et ceux «encore tenus à la marge et qui n’aspirent qu’à vivre librement, normalement, sans scandale, à pouvoir voyager sans entraves, à se faire soigner à l’hôpital sans humiliation, toutes choses qui leur sont souvent inaccessibles». Merci pour elles, merci pour eux, merci pour nous.