Tendances Turquie

«Love 101», entre buzz et pression politique

19 juillet 2020

L'orientation sexuelle d'Osman (Selahattin Paşalı, 3e à g.) focalise l'attention des fans de «Love 101».

La présence d’un personnage gay dans la série turque de Netflix ferait l’objet de pression de la part du régime islamo-conservateur d’Ankara, alimentant les rumeurs.

Troisième production turque de Netflix, «Love 101» («Aşk 101») était sortie dans une période propice, en avril dernier, en plein confinement. Son écho avait été d’autant plus fort qu’une polémique était née avant même sa mise en ligne. Cette série romantique pour ados ayant pour décor un lycée professionnel d’Istanbul comprendrait un personnage gay, Osman. De quoi alerter les commentateurs conservateurs et quelques politiciens de l’AKP, parti islamo-conservateur au pouvoir, qui avaient mis en garde contre une œuvre de «propagande homosexuelle» et la banalisation de la «perversion».

Finalement, les abonnés de Netflix n’avaient rien vu de révolutionnaire au fil des huit épisodes. L’orientation sexuelle d’Osman y est tout juste suggérée… À moins que cet aspect ait été délibérément escamoté dans le montage final de la saison 1, comme le pensent certains spectateurs.

Négociations

Polémiques et rumeurs renaissent cet été, alors que se profile une saison 2 où l’étudiant pourrait faire son coming-out. Selon le site Ahval, qui cite le journaliste Cüneyt Özdemir, des négociations engagées entre Netflix et le gendarme turc de l’audiovisuel RTÜK pour changer ce scénario étaient en cours. Elles auraient été récemment rompues. La plateforme envisagerait désormais de tourner la suite de «Love 101» hors de Turquie, voire de quitter le marché turc.

Les plateformes américaines sont plus que jamais sous pression en Turquie. Au début du mois, le président Erdoğan lui-même s’en est pris à YouTube et Twitter, où il est régulièrement brocardé, mais aussi à Netflix, sous prétexte d’ «immoralité».

Tout le monde n’est pas convaincu de la réalité de cet affrontement autour de l’intrigue gay de «Love 101». Pour le journaliste Kenan Behzat Sharpe, sur le site Gazete Duvar, les producteurs de cette série surfent surtout sur les réactions des autorités pour garantir le buzz. «Quand on compare la description franche de la sexualité adolescente dans le show britannique «Sex Education» et l’approche inoffensive d’un «Love 101», il apparaît que l’inclusivité LGBTI+ n’est rien d’autre qu’une stratégie marketing, adaptable ou jetable, de la part de Netflix.»

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