Gaysper, ou l’effet boomerang d’un mème homophobe

La communauté LGBT espagnole a adopté avec enthousiasme le petit fantôme arc-en-ciel utilisé par le parti d’extrême droite Vox dans sa propagande.

Nouveau venu sur la scène parlementaire espagnole, avec 10% des voix aux élections législatives du 28 avril, le parti d’extrême droite Vox a eu droit aux félicitations ironiques de la communauté LGBT. Non pas pour ses résultats électoraux (somme toute un peu moins éclatants qu’attendu), mais pour avoir créé une nouvelle icône LGBT.

L’histoire a démarré avec un post envoyé le matin du scrutin sur les comptes officiels Twitter et Instagram de Vox. «Que la bataille commence!» pouvait-on y lire sous un montage assez sommaire.

Il représentait Aragorn, du film «Le Seigneur des anneaux», l’épée dressée face à une armée de logos et symboles censés représenter tous les ennemis du parti: l’indépendantisme catalan, le féminisme, la gauche, les républicains, le quotidien «El País» et… les LGBT bien sûr. Or ces derniers apparaissaient sous la forme d’un petit fantôme dodu et rigolard aux couleurs de l’arc-en-ciel.

Adorable, la créature a immédiatement tapé dans l’œil des internautes. Adoptée! Rebaptisé «Gaysper», le mème fait un tabac sur les réseaux sociaux.

Sur Twitter, il s’est même doté d’un compte récoltant plusieurs milliers de fans en quelques heures, puis il s’est vu adjoindre des petits frères aux couleurs trans (Transper) ou bi (Bisper), des versions BD, une effigie tricotée, etc.

De quoi donner encore plus de cauchemars aux nostalgiques du franquisme, qui fustigent à longueur de meetings les politiques d’égalité et de protection des minorités mises en place par la gauche espagnole au cours des douze dernières années.

A vrai dire, le design de Gaysper n’est pas sorti de l’esprit des créatifs de Vox. Il s’agit d’un emoji apparu sur le système Android 5.0, et adapté aux couleurs LGBT par un certain Baiiley, note «El País». Gadgets, T-shirts, mugs et coussins à l’effigie de la créature étaient déjà en vente sur le Net depuis quelques temps. Le succès risque bien d’échapper à son créateur.

Réappropriation
Comme le rappelle BuzzFeed, Gaysper n’est pas la première icône improbable récupérée par la communauté LGBT. En 2016, le monstre Babadook, sorti d’un obscur film de série B, avait aussi connu la gloire. Plusieurs commentateurs rappellent en outre que la réappropriation de symboles hostiles et des insultes fait partie intégrante de l’histoire LGBT. On pense notamment au triangle rose nazi retourné dans le logo d’Act Up, dans les années 1980.

La stratégie continue donc de fonctionner à l’ère des mèmes et des réseaux sociaux. «Vox, qui voulait faire le coup du guerrier blanc qui fait face à tous ses ennemis. Gaysper est une réponse spontanée, décentralisée, non partisane (pour le moment) et collective. C’est une piste pour les scénarios sociaux, culturels et politiques à venir», écrit Eldiario.es.

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