Les LGBT transformés en garniture de sandwich?

Le lancement par l’enseigne Marks & Spencer d’un «sandwich LGBT» dans ses magasins britanniques et irlandais suscite des réactions écœurées.

C’est un classique dans les vastes rayons sandwiches des supérettes outre-Manche. Il y a toujours quelqu’un pour rebaptiser les traditionnelles garnitures LBT, «laitue-bacon-tomate», en les appelant «lesbian-bi-trans». Cette vieille blague n’a sans doute pas échappé à Marks & Spencer (M&S). À l’approche de la saison des prides, la célèbre chaîne de grands magasins s’est en effet mise à vendre des sandwich «LGBT» grâce à l’ajout de guacamole dans le trio d’ingrédients habituel.

Pour 4,45 euros (environ 5,10 fr.), l’article est proposé, comme il se doit, dans une boîte bariolée aux couleurs de l’arc-en-ciel. On peut y lire que les bénéfices sont reversés à deux organisations accueillant des jeunes LGBTQ+ en détresse.

Indigestion rainbow
Ce n’est certes pas la première fois qu’une déclinaison rainbow d’un produit populaire apparaît sur le marché – on a connu des vodka, des burgers ou des biscuits aux couleurs de la pride. Mais cette fois, l’accueil du sandwich LGBT se révèle assez mitigé, voire hostile.

Le malaise semble tenir au fait que contrairement à d’autres opérations, où le symbole LGBT était simplement intégré au packaging, celle-ci fait correspondre chaque orientation/identité à un ingrédient. Sur les réseaux sociaux, beaucoup d’internautes ont ainsi ironisé sur les lesbiennes transformées en feuilles de salade ou sur le sort peu enviable réservé aux bisexuel·le·s, réduit·e·s à une tranche de bacon… Au passage, on a relevé le caractère peu diététique du snack («Nous autres gays sommes notoirement salés!»).

Chez d’autres internautes, la réaction est carrément allergique. On dénonce une entreprise de récupération («rainbow-washing»), qui ne fait que commencer, à l’aube des 50 ans du mouvement de libération des LGBT: «M&S lance le premier sandwich contre Stonewall», écrit un certain David sur Twitter.

«Étalage de vertu»
La photo du snack avec une étiquette «Fuck off!» s’affiche sur le fil d’un autre internaute, Aaron Wright. «On nous assimile à un sandwich? Je peux pas imaginer qu’ils fassent un truc pareil avec d’autres groupes marginalisés», explique-t-il, après avoir lancé un appel à aller se servir dans les rayons pour les débarrasser de cette «saloperie». En écho, le journaliste conservateur Piers Morgan a qualifié la campagne de «pathétique»: «Les compagnies en difficulté (l’enseigne M&S lutte pour sa survie, ndlr.) ne reculent devant rien pour cyniquement faire étalage de leur vertu.»

Le LGBT sandwich a quand même ses supporters. «J’aurais tué pour que ma mère tombe sur un de ces sandwiches quand j’étais ado», écrit par exemple un internaute. Quant à M&S, la société s’est contentée d’indiquer qu’elle avait pu déjà rassembler quelque 11’000 livres (13’000 euros/15’000 fr.) au cours de l’opération. Une des ONG bénéficiaires, l’Albert Kennedy Trust, a rappelé que les végétariens, les intolérants au gluten et autres récalcitrants à la purée d’avocat pouvaient aussi bien faire un don directement sur son site.

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