Le comité de la Geneva Pride ©Magali Girardin

Geneva Pride, le grand entretien

Avec une équipe d’organisation en pleine expansion et la multiplication des discussions avec les associations, la Ville et le Canton, la construction de la Pride de Genève avance à vive allure. Entrevue avec Ferdinando Miranda, coordinateur.

Du 29 juin au 7 juillet prochains, la Pride se répandra en une nuée colorée dans les rues habituellement si paisibles de Genève. Il s’agit de la 4e édition locale d’une manifestation qui tourne dans toute la Romandie depuis sa naissance, ici même, en 1997. En parallèle de la célébration des 50 ans des émeutes de Stonewall, le retour de la Pride romande dans la cité genevoise sonne comme un retour aux sources après une absence longue de huit années. Au menu de la Geneva Pride 2019, une programmation à la fois festive, culturelle et politique de neuf journées et d’autant de nuits qui mêleront discussions, projections, animations, performances, concerts et fêtes. Le point culminant de cette manifestation sera la Marche du samedi 6 juillet qui guidera ses participant-e-x-s du Palais Wilson au Parc des Bastions, parcours naturellement sous réserve de la délivrance des autorisations, dont les organisateur-trices de l’événement sont toujours dans l’attente.

«Une fête engagée»
Définir un événement d’une telle envergure pourrait sembler compliqué mais pour Ferdinando Miranda, coordinateur de la Geneva Pride 2019, la réponse est évidente: «Notre volonté c’est de créer une belle fête engagée.» Plus qu’un simple rassemblement, cette Marche des fiertés est un anniversaire, un rendez-vous, un moment pour partager et célébrer ensemble. Des fêtes, il y en aura, et pas qu’une. Alors que l’ouverture des festivités sera lancée à la salle communale de Plainpalais le samedi 29 juin, le weekend de clôture sera hébergé par l’Usine à travers deux soirées (vendredi 5 et samedi 6 juillet) et le traditionnel T-dansant (dimanche 7 juillet). D’autres fêtes sont également à prévoir durant toute la semaine. Les revendications politiques de la manifestation ne sont pas en reste. Ces dernières se cristallisent au sein du Manifeste de la Geneva Pride créé spécialement pour l’événement et qui sera rendu public le 17 mai à l’occasion de la Journée internationale contre les LGBTIQ+phobies.

Ferdinando souligne que «ce Manifeste est un point clé pour la Pride car c’est autour de celui-ci que la manifestation s’articulera. Les événements thématiques qui auront lieu durant la semaine de la Pride reprendront certains des aspects du Manifeste. Par ce Manifeste et par la Pride, nous cherchons à sensibiliser la collectivité publique et la société civile aux questions LGBTIQ+. Nous invitions à réfléchir à une société plus égalitaire et plus inclusive dépassant le système sociétal binaire et hétéro-cis-normatif».

L’élaboration de ce Manifeste a eu lieu en deux phases. Dans un premier temps, celui-ci a été rédigé par des membres de l’organisation de la Pride et ensuite il a été soumis aux associations pour vérification et modification. A ce sujet, Ferdinando précise : «Nous avons conscience que ces revendications ne sont pas exhaustives de notre communauté, c’est pour cela que l’avis d’expert-ex-s et de personnes sur le terrain est essentiel.»

Marcher pour des droits
Genève étant à la fois une ville qui a une importance locale, nationale et une résonance internationale, les revendications de la Geneva Pride traversent les frontières. «Nous défilerons en solidarité avec les revendications d’ici et d’ailleurs. Nous sommes conscient-e-s que nous marcherons également avec toute personne qui ne le pourrait pas pour des raisons personnelles, sociales ou politiques», affirme le coordinateur. Au niveau local, l’équipe espère que la Pride aura un impact positif sur le processus d’adoption du projet de Loi cantonale sur les violences et discriminations en raison du sexe, de l’orientation sexuelle, de l’identité de genre ou de l’expression de genre. Sur le plan national, «nous revendiquons notamment le mariage égalitaire et non sa version light, l’introduction d’une loi qui faciliterait la procédure de changement de sexe légal, ainsi que l’approbation d’une loi qui interdirait de manière définitive tout mutilation génitale sur les nouveaux nés intersexes. Dans le Manifeste, il y aussi tout un volet sur la politique de santé publique concernant les femmes lesbiennes, l’accompagnement sanitaire des personnes trans*, le coût de la Prep et son remboursement et l’interdiction du don de sang pour les homos.» En bref, l’éventail des revendications de la Pride est large et vise à faire cesser toute forme de discrimination créée ou non appréhendée par l’ordre juridique suisse.

A la lecture du Manifeste, il transparaît nettement que la communauté LGBTIQ+ demeure encore dans une situation de précarité face au droit et plus particulièrement les trans*, les intersexes, les requérante-s d’asile et les jeunes LGBTIQ+. Bien que ces dernières années, le droit suisse semble plus progressiste, les avancées restent mineures. Comme en témoigne Ferdinando, «même si l’on peut se réjouir que la norme pénale antiraciste vienne d’être élargie à l’homophobie, ce n’est malheureusement pas le cas pour la transphobie. Nos parlementaires ont déterminé que l’identité de genre est un concept flou d’un point de vue juridique. Cela est faux et c’est évidemment discriminant. De plus, nous nous devons de rester vigilant-e-x-s face au référendum que l’UDF vient de déposer et qui pourrait remettre en cause l’élargissement de cette norme pénale à l’homophobie».

Argent rose
Organiser une Pride est coûteux et nécessite un certain budget pour élaborer une programmation qui tienne la route. Dans le contexte genevois, les sources de financement de la manifestation LGBTIQ+ sont multiples. Ferdinando indique que «l’équipe de la Pride s’est tournée à la fois vers des institutions et des entreprises privées qui sont désireuses de soutenir l’événement et qui sont en mesure de le faire. L’administration publique a le devoir de soutenir cet événement financièrement tandis que les entreprises privées ont la responsabilité de rendre à la collectivité une partie de leur richesse. Nous avons également lancé une campagne de financement participatif sur internet dans l’idée de rappeler que tout un chacun peut contribuer en fonction de ses moyens à cette Pride. C’est aussi le signe que cette Pride est à tout le monde, c’est surtout un événement participatif que nous souhaitons créer.»

«Nous faisons attention à ce que ces financements ne permettent pas que la Pride soit instrumentalisée»

Mais qu’en est-il de la position de l’équipe d’organisation de la Pride face au risque de pinkwashing? D’après le coordinateur de l’événement, «le pinkwashing est une réalité présente dans toute manifestation publique d’une certaine envergure qui ont des enjeux politiques. Depuis le début, nous avons été clairs sur le fait que les revendications de la manifestation ne peuvent pas être sujettes à des compromis. Ensuite, la réalisation concrète de la Pride nécessite d’avoir recours à des financements institutionnels et privés. C’est un choix qui a été fait par notre groupe. Toutefois, nous faisons attention à ce que ces financements ne permettent pas que la Pride soit instrumentalisée pour des objectifs en contradiction avec nos revendications. On n’acceptera jamais de l’argent de certaines entreprises qui discriminent les personnes LGBTIQ+.»

Après un premier événement organisé par le comité de la Pride sur la thématique du pinkwashing, une liste de critères a été élaborée pour vérifier la compatibilité du respect des LGBTIQ+ aux activités des Etats, multinationales ou PME désireuses de sponsoriser la manifestation. C’est là une initiative fondamentale certes mais dont les critères se limitent cependant au seul respect des droits LGBTIQ+ et ne prennent pas en compte la violation des droits d’autres minorités, de certaines populations ou de la destruction de l’environnement causé par une institution ou une entreprise.

Militantisme et politique
Traditionnellement pensée comme un acte de pure contestation de l’autorité, l’organisation d’une manifestation (légale) et plus particulièrement d’une Pride nécessite pourtant un perpétuel dialogue avec les autorités dans le double but d’assurer la sécurité des manifestante-x-s et d’organiser un événement sans frais exorbitants. A l’heure actuelle, les autorisations de la Geneva Pride 2019 n’ont pas encore été accordées. Cette situation n’affole pas le coordinateur de la manifestation: «L’organisation d’un événement comme celui-ci est très complexe car obtenir des autorisations prend toujours un temps institutionnel important. On peut avoir l’impression que les choses ne bougent pas mais cela fait partie des dynamiques d’organisation».

En mars, une proposition de motion a été acceptée par la majorité du Grand Conseil dans le but de demander le soutien du canton à la tenue de la Pride genevoise. Elle a été cosignée par un grand nombre de député-e-s dont Yves de Matteis, son auteur, qui explique: «Cette motion est avant tout symbolique, elle rappelle que cette Pride n’a rien d’extraordinaire, c’est la 4e fois qu’elle se déroule à Genève et les autorisations ont toujours été accordées. Cette motion invite le Conseil d’Etat à considérer cet événement d’utilité publique, à faciliter sa tenue en accordant les autorisations d’usage et à confirmer son soutien logistique à la manifestation.» Pour Yves de Matteis, engagé à la fois dans le milieu associatif LGBTIQ+ et chez les Verts, le relais entre politique et associatif est important car c’est un moyen qui «permet d’atteindre la table des politiciens». Ferdinando Miranda félicite ce soutien officiel. «Les cantons doivent soutenir et garantir la sécurité d’événements publics qui concernent des minorités. Ce n’est pas qu’un cortège, le fait de manifester et de défiler, cela a des bénéfices incontestables sur l’ouverture de notre société. En ce sens, la Pride est une manifestation d’utilité publique.»

» Plus d’infos sur: genevapride.ch

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