Le boss de Grindr dans la tourmente

Scott Chen, président de l’app américaine (mais en mains chinoises) a provoqué une tempête sur le Net – et un clash au sein même de l’entreprise – en se déclarant à titre personnel contre le mariage pour tous.

Comment, en un clic, réduire à néant des années de promotion? Scott Chen, président et ancien chef de la technologie au sein de l’app Grindr s’est tiré une fameuse balle dans le pied en rédigeant un post en chinois sur Facebook, jeudi. L’Américano-Taïwanais y commentait le soutien du patron de la firme technologique HTC au récent référendum contre le mariage pour tous à Taïwan. «Il y a des gens qui pensent que le mariage est une union sacrée entre un homme et une femme. Je suis d’accord, mais ce ne sont pas nos affaires. Il y a aussi des gens qui pensent que le but du mariage est d’engendrer des enfants porteurs de leur ADN. Cela non plus, ce ne sont pas nos affaires. Il y a des gens qui sont simplement différent de soi, qui veulent désespérément se marier. Ils ont leur raisons.»

Ce post ambigu, révélant l’opposition personnelle de Chen au mariage pour tous, est très mal tombé. Des appels à la démission se sont multipliés sur les réseaux sociaux, voire à la désinstallation de l’app, qui revendique 3,8 millions d’utilisateurs réguliers à travers le monde.

Gros malaise
Preuve du profond malaise au sein de l’entreprise basée à Los Angeles: c’est le site Into, propriété de Grindr, qui a été l’un des premiers à rapporter les paroles de Scott Chen. Dans «The Guardian», son rédacteur en chef Zach Stafford a critiqué la position du jeune boss: «Le but de Grindr est d’aider à atteindre l’égalité complète pour les persones LGBT à travers le monde, surtout en matière de rencontres et d’amour. Et le mariage est, aux yeux de beaucoup, le but final de notre app.» Chen a contre-attaqué en estimant que l’article d’Into «induisait le lecteur en erreur» et était «déséquilibré».

Manifestement, le patron de l’app et son turbulent média se sont entendus pour calmer le jeu dans la journée de vendredi, qui a vu paraître une nouvelle mouture de l’article d‘Into. Chen y explique: «Je suis un homme straight marié à une femme que j’aime, et papa de deux beaux enfants… Mais je suis aussi un grand défenseur des droits LGBTQ+ depuis que mon plus jeune âge, et fier de travailler pour Grindr.»

Multiples controverses
Arrivé en janvier dans l’entreprise après un passage chez Facebook, Chen a été placé à la tête de Grindr en août dernier, deux ans après le rachat de l’app par un groupe chinois actif dans le jeu vidéo, Kunlun.

L’arrivée de Grindr en mains chinoises avait été accueilli avec incrédulité, compte tenu de l’hostilité de Pékin aux droits LGBT. L’affaire s’est ajoutée à de multiples controverses, notamment sur la sécurisation du système – une question cruciale alors que l’app est utilisée dans certains régimes répressifs pour traquer des gays. Ces critiques ont poussé Grindr, comme d’autres apps de rencontres, à développer des activités plus militantes, dans le domaine de l’information ou de la prévention. Récemment, l’entreprise a lancé Kindr, une campagne contre le racisme et le harcèlement en ligne.

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