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«Sophia Antipolis», sous un soleil de mauvais augure

Virgil Vernier brouille les pistes entre documentaire et fiction dans un film fascinant qui explore les brûlures de la société française d’aujourd’hui.

«Faire des films ne m’excite qu’à condition que j’invente quelque chose que je n’ai encore jamais vu, avec un nouveau langage», expliquait Virgil Vernier au site Diacritik. Son nouveau long-métrage, «Sophia Antipolis», est de fait l’objet cinématographique le plus déroutant et le plus passionnant du moment. Il s’ouvre sur des jeunes femmes en «besoin» de chirurgie esthétique, avant de suivre la solitude d’une veuve gentiment embrigadée dans une secte, puis les expéditions d’une inquiétante milice, pour se rapprocher de la mort mystérieuse d’une adolescente. Autant de chapitres baignant dans une atmosphère étrange, comme en apesanteur.

Cinéaste intéressé par les échos de la mythologie dans la réalité sociale contemporaine («Mercuriales» en 2014), Virgil Vernier a caché son vrai héros dans le titre même de son film. Sophia-Antipolis, c’est cette technopole de la Côte d’Azur au nom accidentellement prophétique. Antipolis, l’anti-ville, une zone privatisée, où quelque chose se joue de la société française d’aujourd’hui: l’exclusion, le non-droit, la violence banale et la désintégration. Le cadre idéal pour un «conte de la folie ordinaire», résume Vernier.

Une banalité qui n’est qu’apparente
Sur fond de sièges sociaux désertés, d’entrepôts et de complexes d’habitation, cette folie s’illustre dans des scènes glaçantes: un entraînement d’autodéfense, des expéditions punitives, une présentation d’armes d’heroic fantasy, une reconstitution de police. Les personnages – que le réalisateur a recrutés lors de ses repérages – semblent jouer leur propre rôle au fil de dialogues dont la banalité n’est qu’apparente. En quelques mots, le spectateur entrevoit leur vie, leurs raisons, leurs brûlures. La caméra s’attarde sur certains, comme sur Tarik, l’apprenti vigile récalcitrant (Hugues Njiba-Mukuna) qui sèche lamentablement quand on lui demande de raconter une histoire à une petite fille pour l’aider à s’endormir.

Non, on ne se raconte plus d’histoires dans «Sophia Antipolis», sinon celle d’une fin du monde que prêchent dès le début du film les recruteuses d’une Eglise de pacotille. Et comme toute apocalypse qui se respecte, celle-ci est annoncée par des signes surgis au milieu du quotidien, comme cette discussion entre une mère et sa fille interrompue par l’apparition d’un touriste défiguré par le feu. Le feu, jusqu’à la scène finale, d’où l’on ressort comme au réveil d’un cauchemar, brûlé par un soleil et un Mistral de très mauvais augure.

» Dès mercredi dans les salles romandes. Projections en présence du réalisateur le 5.12 à Genève (Spoutnik), le 6 à Lausanne (Bellevaux), le 7 à Delémont (La Grange) et Neuchâtel (Minimum) et le 8 à La Chaux-de-Fonds (ABC). Plus d’infos sur la page Facebook de Sister distribution.

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