Suisse Économie

Établissements gay prêts à redémarrer tôt ou tard

27 avril 2020

Patrick Perret-Gentil à l'entrée de son Gothicsauna, fermé depuis la mi-mars.

La crise du Covid frappe aussi de plein fouet les entreprises communautaires suisses. Un cafetier genevois et un patron de sauna tessinois racontent leur fermeture et comment malgré tout, ils abordent l’avenir avec confiance.

La Suisse amorce aujourd’hui une timide réouverture, mais les instances fédérales ont prévenu: le retour à la normale sera long, très long même. Pour les actrices et acteurs de la scène LGBTQ+, où la convivialité joue un si grand rôle, il n’y a pas d’autres options que de mettre la clé sous la porte, comme l’a fait le club Rage de Zurich, ou de prendre son mal en patience.

«Il faudra attendre vraisemblablement le 27 mai pour savoir comment ça va se passer dès le 8 juin dans la restauration», explique Pierre Ogay, co-gérant du bar genevois Le Phare. «C’est vrai que cela crée un incertitude forte, mais ayant été infecté au Covid-19 et ayant pu découvrir la maladie, ses symptômes et ses modes de transmission en même temps que le personnel médical et les autorités, je comprends que l’on avance à tâtons dans la lutte contre ce virus.»

Baisser le rideau
Le 13 mars, jour des annonces du Conseil fédéral applicables dès le 16, le célèbre établissement genevois avait décidé de baisser le rideau. «Rester ouvert n’était pas vraiment une option. Nous sentions que la clientèle voulait profiter avant la fermeture, ce qui aurait été difficilement gérable en respectant les règles sanitaires.»

Le Phare et sa célèbre terrasse de la rue Lissignol manquent déjà à beaucoup de Genevois.

La fermeture n’a pas été un chemin facile, précise Pierre Ogay. «C’est assez compliqué de s’y retrouver dans la multitude de messages parfois contradictoires et un niveau d’information assez inégal de la part des autorités et de l’administration. Mais il faut dire que la Gérance immobilière de la Ville de Genève nous a offert un vrai soulagement en suspendant les loyers.»

«Fréquenter un bar, c’est rencontrer des gens. Une chose beaucoup plus compliquée quand vous faites un apéro sur votre balcon ou dans un parc.» Pierre Ogay

Comment dans ce contexte envisager une réouverture? «En respectant les mesures de distanciation nous pourrions accueillir une vingtaine de client·e·s. Avec minimum deux employé·e·s pour faire tourner la boutique, le calcul est vite fait. Nous ne pourrons pas rouvrir avec des mesures trop strictes. La santé doit primer sur le reste.»

Pas de quoi décourager pour autant le cafetier, qui s’attend à retrouver ses habitué·e·s en nombre quand la situation se sera détendue. «Fréquenter un bar, c’est rencontrer des gens. Une chose beaucoup plus compliquée quand vous faites un apéro sur votre balcon ou dans un parc.»

De l’autre côté des Alpes
Au Tessin, canton particulièrement touché, le Gothicsauna de Lugano espère pouvoir accueillir de nouveau sa clientèle avant la fin de l’année. A priori, cela semble loin, mais Patrick Perret-Gentil, propriétaire des lieux, reste malgré tout optimiste: «Notre business repartira à un moment ou un autre. Quand quelqu’un vient chez nous c’est pour le bien-être et répondre à un besoin physiologique»

Le Neuchâtelois, établi dans le canton italophone depuis plus de trente ans, était aux premières loges pour voir arriver la vague du Covid, début mars. «Quand le confinement a été mis en place à Milan, raconte-t-il, nous avons eu un report de clientèle italienne chez nous avant que les mesures ne se durcissent et que la clientèle suisse ne déserte aussi nos infrastructures.» Finalement, il a fermé son établissement avant que la Confédération ne l’exige. «J’ai décidé cela lorsque j’ai commencé à me faire du souci pour un de mes clients âgé de 90 ans. Je tiens à préciser que nous avons aussi beaucoup de jeunes», ajoute-t-il en riant.

«Quand on tient un établissement de ce type, on est très attentif aux problématiques sanitaires. On a connu le VIH et on est formés pour faire face et apporter des solutions.» Patrick Perret-Gentil

De fait, un sauna n’est pas une entreprise comme les autres. «Quand on tient un établissement de ce type, on est très attentif aux problématiques sanitaires, rappelle Patrick Perret-Gentil. On a connu le VIH et nous sommes formés par Vegas (ndlr: groupement d’établissements gay suisses actif dans la prévention) pour faire face et apporter des solutions.» En l’occurrence, l’entrepreneur a fait des essais avec une caméra thermique pour contrôler la température corporelle des clients, une initiative plutôt bien acceptée.

«Il faut aussi relativiser, estime Patrick Perret-Gentil. Il est plus problématique à mon sens d’aller dans un concert avec 2000 personnes que de venir au Gothicsauna lorsqu’il y a une vingtaine de clients et des mesures d’hygiène strictes.» Aussi le Luganais d’adoption reste-t-il positif: «Je saisis cette opportunité pour me donner les moyens d’affronter le futur et adapter mon entreprise à cette nouvelle donne. J’ai notamment obtenu le crédit fédéral pour avoir un coussin de sécurité.»

1 comments

Est-ce que 360 connaît d’autres établissements ? Je suggère à 360 de sortir un peu. Ce copinage devient lassant et grotesque. Je ne suis pas certain que les Genevois paient des impôts pour que les subventions ne servent à soutenir qu’un seul établissement. On s’en souviendra…

Comments are closed.

À lire également