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Egalité: la révolution par les hommes

Créé il y a quatre mois par des hommes alémaniques lassés du poids que leur imposent les stéréotypes de la masculinité, le lobby männer.ch révèle un nouvel activisme égalitariste. Une démarche intelligente et prometteuse. Rencontre avec le président du mouvement Markus Theunert.

Ils ne voulaient pas utiliser le terme «émancipés», déjà utilisé par le mouvement féministe, et préfèrent se définir comme des «hommes tournés vers l’avenir». Des pionniers, les activistes de männer.ch le sont au vu de leur programme d’action: rompre avec les très enfermant clichés de la masculinité, en finir avec les rôles traditionnels liés à ces stéréotypes, et proposer des mesures concrètes afin d’atteindre enfin une vraie égalité entre les sexes. «Jusqu’ici, la plupart des hommes, disons “ouverts d’esprit”, ont considéré que le combat pour l’égalité était, au mieux, “l’affaire des femmes”. Or il est nécessaire que les hommes revendiquent eux aussi un statut égalitaire et un autre mode de vie que celui que la pression sociale leur impose», note Markus Theunert, qui fait partie des sept membres fondateurs du mouvement (lequel représente, à travers les organismes membres, quelque 3’000 personnes). Il s’agit de rééquilibrer, pour le bien-être des hommes, une vie qui leur est devenue physiquement et psychiquement insupportable, à en croire le président de männer.ch.

Markus Theunert, qu’est-ce qui vous a poussé, personnellement, à lancer ce mouvement et à vous y impliquer?
Cela me dépasse que les hommes continuent à supporter sans réagir la vie qu’ils mènent. Cela me paraît absurde, suicidaire. Il y a cinq ans, j’ai lancé Männerzeitung, un journal qui s’emploie à présenter des images non censurées de la réalité des hommes. En creusant dans cette réalité, en l’analysant, je me suis rendu compte à quel point les hommes sont aliénés par les schémas traditionnels de la masculinité: ils doivent être forts, performants, infaillibles; à l’inverse, ils s’interdisent les émotions et tout ce qui ne correspond pas à l’image qu’ils se sentent contraints de dégager. Personnellement, je refuse d’entrer dans cette aliénation et j’ai envie de m’activer pour que les choses changent.

Pensez-vous que de nombreux hommes puissent vous suivre? Après tout, la vie de l’homme traditionnel qui se réalise dans un travail intéressant, voit ses enfants deux heures par jour – entre 18h et 20h, ça lui suffit – et n’a pas besoin de faire à manger en rentrant le soir à la maison, est plutôt associée à quelques privilèges… Pourquoi les perdraient-ils?
Je crois que cette image de privilégié est très trompeuse. Il est parfaitement vrai que les hommes gagnent plus d’argent – la différence homme-femme est de 21% dans l’économie privée, 10 % chez les employés de la Confédération –, sont mieux reconnus socialement, et nous sommes tout à fait en phase avec les revendications égalitaristes des femmes à ce sujet. Mais il faut s’interroger sur la valorisation même de ces privilèges. Les hommes qui se confient en laissant tomber le masque – chose qui n’est pas toujours facile car «avouer ses faiblesses, c’est interdit pour un homme», encore un autre effet des stéréotypes de la masculinité –, disent à quel point ils souffrent physiquement et psychiquement de ce déséquilibre. Beaucoup s’éreintent au travail, sont tristes de ne pas voir leurs enfants et, en plus, souffrent de devoir faire croire que cette situation leur convient, ou alors ils culpabilisent de se retrouver dans ce rôle «socialement privilégié».
Les seules statistiques de la santé sont révélatrices à cet égard: les hommes meurent cinq fois plus du cœur que les femmes, se suicident trois fois plus, ont davantage de troubles pulmonaires, et cetera, et cetera, on peut continuer la liste. Ce qui «fait» un homme, toujours selon les stéréotypes de la masculinité, c’est «la prise de risque» et la «réalisation d’une performance exceptionnelle». Or c’est un fait: il existe une corrélation claire entre ces stéréotypes et l’espérance de vie des hommes qui suivent les modèles dominants traditionnels.

D’un point de vue purement financier, vous relevez que le système économique et social aurait lui-même tout intérêt à ce que les parents trouvent un équilibre entre travail et vie familiale…
Oui, c’est une évidence. Les autorités politiques et le monde économique s’en soucient déjà: le réservoir des forces de travail et le financement des assurances sociales dépendant directement du taux de natalité et donc de la qualité de vie des familles.

…Mais les mesures que vous préconisez pour y arriver – des modèles de temps de travail flexibles, de job sharing, l’exigence d’un réengagement après une interruption d’emploi pour élever un enfant, un congé parental, des crèches d’entreprises… ont toujours été perçues comme extrêmement coûteuses par les décideurs politiques et économiques. Qui a vraiment intérêt à ce que l’on favorise l’équilibre travail-vie familiale pour les hommes et les femmes? Si les femmes restent à la maison, n’est-ce pas tellement plus simple, cyniquement dit?
C’est un travail de longue haleine. Il est vrai que ce n’est pas demain qu’on aura en Suisse un congé parental à la nordique, mais je crois tout de même qu’une prise de conscience des problèmes est en marche. On l’a vu avec la récente décision des acteurs de l’économie et des partis de mettre sur pied un projet pour financer des crèches dans l’ensemble du pays. L’équation est simple: sans forces de travail, pas de prospérité.
Concernant les coûts, notre travail consiste précisément à faire émerger d’autres chiffres dont on ne parle jamais. Si l’on veut sérieusement parler des coûts, il faut intégrer tous ceux, invisibles, de la masculinité. Savez-vous que le coût du stress – il ne concerne pas que les hommes, mais en majorité oui – pèse 4,2 milliards dans la facture de la santé publique? Il faut également compter celui des violences familiales, et bien d’autres encore. Il y a, c’est vrai, un énorme travail à faire sur les faux calculs et sur les croyances – comme celle, tenace, que l’emploi à temps partiel coûte plus cher aux entreprises que le temps plein. Au contraire, on peut facilement démontrer qu’un salarié employé à temps partiel est moins stressé, moins absent, travaille mieux, est plus rentable…

Votre programme est extrêmement ambitieux; il cherche à révolutionner des modèles et des fonctionnements profondément ancrés dans la culture dominante. Mais comment dépasser l’idéologie et se montrer stratégiquement efficace?
C’est une question de fond, effectivement. Contrairement au mouvement féministe, qui s’est construit par opposition à un groupe dominant – celui des hommes –, notre mouvement ne se construit pas «contre» un autre groupe. Cela rend notre message compliqué, et le risque de s’enliser est réel.
Il faut donc que nous agissions avec des propositions très concrètes, en phase avec l’agenda politique. Et nous devons être réalistes. Ça ne sert à rien, même si cela fait partie de nos revendications, de lancer maintenant une initiative pour un congé parental alors qu’il a fallu des années pour obtenir un congé maternité! Plusieurs thématiques pour lesquelles nous avons des idées sont aujourd’hui dans l’air: la nécessité de créer plus de crèches, la volonté de favoriser la représentation masculine dans le corps enseignant, la violence familiale. Nous allons faire valoir nos propositions dans ces débats d’actualité.

On peut agir sur les structures avec des aides qui favorisent l’égalité, mais les mécanismes de clivage sont très profonds. Très tôt, à peine né, un individu est placé dans les schémas éducatifs favorisant les rôles traditionnellement dévolus aux hommes et aux femmes. Il est extrêmement difficile de lutter contre ces mécanismes qui se perpétuent de génération en génération…
C’est vrai, on a prouvé par exemple que dès les premières heures de vie, les parents parlent plus fort à leur enfant s’il s’agit d’un garçon. Je crois qu’il faut admettre qu’on ne pourra pas agir directement sur les mécanismes psychologiques. D’ailleurs, nous ne voulons pas nier les différences entre hommes et femmes, et fondre tout le monde dans des individualités uniformes, mais valoriser tous les rôles nécessaires à un bon équilibre entre vie de famille et travail ,et lutter contre tous les stéréotypes qui enferment l’un et l’autre sexe.

En revanche, il y a une série de mesures concrètes qui, additionnées, peuvent donner des résultats sur la perception des rôles.
Un exemple: actuellement, les hommes présents dans le monde de la petite enfance et l’école primaire constituent une infime minorité. Cela contribue à renforcer l’idée que seules les femmes s’occupent des enfants. Il faut absolument valoriser ces postes, trop mal payés aujourd’hui et trop connotés comme «emplois féminins».
Je vous pose une autre question: pourquoi, dans les lieux publics, les tables à langer se trouvent uniquement dans les toilettes des femmes? C’est anecdotique, mais c’est parfois dans le quotidien qu’on peut commencer à œuvrer pour faire évoluer les mentalités.

Comment votre mouvement a-t-il été accueilli par les mouvements féministes?
Fort bien. Je crois que les mouvements féministes partagent l’idée qu’il faut des hommes qui s’impliquent et se sentent concernés pour aller vers une égalité «bénéfique pour tous» et pas seulement «consentie». Il est intéressant de constater que dans l’ensemble des bureaux de l’égalité (17 cantonaux, 4 municipaux), seuls 3 hommes sont employés… Mais soulever ces questions, c’est marcher sur des œufs: nous ne voulons aucunement donner à penser aux femmes que nous voulons prendre les places qu’elles ont chèrement acquises. Nous disons simplement: on n’implique pas suffisamment les hommes dans le combat pour l’égalité.

Pensez-vous que männer.ch puisse trouver du soutien, d’une manière ou d’une autre, du côté des associations gays?
Je ne sais pas. Nous avons écrit à Pink Cross pour signaler notre existence, mais n’avons pas eu de contact particulier. Je pense que männer.ch est à la base un mouvement d’hommes hétérosexuels, ouverts à toutes et à tous; certes, mais qui s’est construit sur la lutte contre les clichés de la masculinité. J’ai l’impression – mais peut-être que je me trompe – que bon nombre d’hommes gays ont déjà résolu ce problème dans leur combat pour affirmer leur identité.

Jusqu’ici, votre mouvement est essentiellement alémanique. C’est un peu dommage… Les Romands sont-ils donc tous des mâles hyper-traditionnels!?
Non, au contraire! Nous avons même été très étonnés des nombreuses réactions que nous avons reçues en provenance de Suisse romande après le lancement de notre mouvement. Il y a beaucoup d’intérêt et nous espérons créer une antenne romande de männer.ch au printemps prochain. Avis aux amateurs, donc.

Tout le programme d’action sur www.maenner.ch et sur www.maennerzeitung.ch