Une manifestante à Bukavu (RDC), octobre 2010. Photo Witness.org

Crimes sexuels, la fin de l’impunité?

Des milliers de femmes sont violées, chaque année, lors de conflits ou d’épurations ethniques. Margot Wallström, envoyée spéciale du secrétaire de l’ONU contre les violences sexuelles dans les conflits, lutte pour que cesse l’impunité. Entretien.

«C’est dans le ventre des femmes que s’incarne la folie génocidaire des hommes.» De la Bosnie à la République Démocratique du Congo, du Rwanda à la Tchétchénie et au Soudan, la phrase de Christine Ockrent, écrivain et féministe engagée, sonne atrocement juste. Un colloque, qui a eu lieu le 16 septembre à Genève, s’est chargé de le rappeler. En République démocratique du Congo (RDC), l’est du pays est considéré comme la «capitale mondiale du viol ». Le Burundi répertoriait au minimum 26 viols par semaine lors de la guerre civile entre 1993 et 2006. Plus proche de nous, les femmes bosniaques ont été massivement victimes des Serbes lors du nettoyage ethnique.

Depuis son bureau onusien de New-York, la Suédoise Margot Wallström travaille sans répit. Son poste d’Envoyée spéciale contre les violences sexuelles dans les conflits a été créé en début d’année par le Secrétaire général Ban Ki Moon. Le but? Poursuivre en justice, jusqu’à la prison, ceux qui se transforment si impunément en bourreaux. Entretien avec une battante.

– Le nombre d’agressions sexuelles dans le monde a-t-il augmenté?
– On ne peut pas le dire avec certitude. Nous essayons, avec mon équipe, de quantifier ce crime pour avoir les données nécessaires à une analyse claire de la situation. Mais il est clair que les viols sont toujours plus pratiqués dans des pays en conflit. Et il ne faut surtout pas imaginer qu’il s’agit de conséquences secondaires, collatérales, de la guerre  : les abus sexuels sont utilisés comme stratégie et sont un crime selon le droit international. C’est comme tels qu’ils doivent être traités.

– Comment lutter contre les viols en zone de guerre?
– Il faut que les agresseurs sachent que l’impunité, c’est terminé. En parler, les dénoncer, les poursuivre jusqu’à ce qu’ils soient punis, c’est tout ce à quoi doit s’employer non seulement le pays concerné, mais également toute la communauté internationale. D’ailleurs, l’arrestation récente de criminels de guerre congolais en France a peut-être fait comprendre aux criminels qui sévissent dans ces zones de conflit que la justice agit. Et puis, ces hommes n’aiment évidemment pas figurer sur des listes noires des responsables de viols ou d’agression. C’est donc en les pointant clairement du doigt que l’on pourra peut-être les arrêter.

– Vous avez été nommée à ce poste, nouvellement crée par le Secrétaire général des Nations-Unies Ban Ki-Moon, en début d’année. Qu’avez-vous déjà pu accomplir?
– J’ai donné une priorité claire à mon équipe  : combattre l’impunité. Le système onusien et ses états-membres doivent poursuivre les responsables. Par ailleurs, nous faisons de l’aide aux victimes, nous mobilisons le leadership politique et l’opinion publique au maximum de nos possibilités. Ce crime doit être combattu avec tous les moyens dont nous disposons. Cette optique porte d’ailleurs ses fruits  : les crimes sexuels ont été placés trois fois déjà dans l’agenda des discussions des membres du Conseil de Sécurité des Nations Unies. J’ai bon espoir.

– Vous étiez récemment en République Démocratique du Congo. Quelle impression avez-vous retiré de vos contacts avec des victimes?
– Ces femmes ont une force impressionnante. Elles veulent des choses basiques  : l’accès à l’eau et à la nourriture, le logement, l’éducation… mais surtout, elles veulent de l’espoir. Et c’est, pour moi, ce qui est le plus frustrant  : Même s’il y a une législation déjà en place en RDC, l’absence de concrétisation et d’application de cette législation existante est évidente. Alors, je rappelle en permanence  : «tolérance zéro» est tout le contraire de «conséquences zéro»…

– Que peuvent faire, pour mettre fin aux crimes sexuels, ceux qui ne peuvent pas aider sur place, et qui n’ont pas les moyens dont vous disposez?
– Une chose toute simple  : demander aux producteurs de vos téléphones portables de cesser d’utiliser, pour les fabriquer, des minéraux issus de la République Démocratique du Congo. Le trafic de ces matériaux alimente les groupes armés qui font des ravages terribles dans ce pays.

1 comments

Je soutiens ces femmes! Bizarre qu’il n’y ait aucun commentaire. Ah oui c’est vrai on préfère combattre la “dangereuse” sexion d’assaut ici! LOL LOL!

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