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«C’est la colonisation qui a amené l’homophobie en Afrique»

«C’est la colonisation qui a amené l’homophobie en Afrique»
Fabrice Nguena. Photo: François Thivierge

Né en Suisse de parents camerounais et établi au Canada, le militant des droits humains et LGBTIQ+ Fabrice Nguena signe Afroqueer, 25 voix engagées. Rencontre avec un défenseur de la justice sociale et de l’intersectionnalité.

«Il faut porter les voix des personnes afroqueer francophones afin de briser l’invisibilité, la marginalité et déconstruire les préjugés.» Du Québec à l’Afrique subsaharienne, en passant par les Antilles, la France et la Belgique, Fabrice Nguena est allé à la rencontre de personnes noires LGBTQI+ dont il livre les portraits inédits et sensibles dans Afroqueer, 25 voix engagées qui vient tout juste de sortir aux éditions Écosociété. Un ouvrage essentiel qui rend audibles les vécus et les problématiques d’une population doublement discriminée.

Tu donnes la parole aux autres dans ton livre. Et si tu commençais par nous parler de toi…

Fabrice Nguena: Je suis né en Suisse de parents camerounais. J’ai grandi au Cameroun, j’ai étudié au Maroc et j’habite à Montréal depuis 2007. Je me définis comme un militant des droits humains, LGBTIQ+ et afroqueer, décolonial et allié féministe. Citoyen canadien, j’ai le pouvoir de m’exprimer. Je vis dans un environnement où je risque moins d’être agressé pour qui je suis, bien sûr, comme certain·e·x·s le sont en Afrique, notamment dans les pays où l’homosexualité est criminalisée (ndlr: rappelons notamment que l’Ouganda a promulgué en 2023 une loi instaurant la peine de mort pour «acte d’homosexualité aggravé»). J’utilise vraiment mon privilège, ma liberté de parole pour m’exprimer autant que je peux.

Tu as aujourd’hui 50 ans. Comment s’est passée ton adolescence et ta vie de jeune adulte en tant que personne queer?

Lorsque j’ai découvert mon homosexualité, je ne l’ai pas criée sur les toits mais je ne l’ai pas démentie non plus. J’en ai parlé à ma famille, à mes frères et sœurs et celleux qui me connaissaient de façon rapprochée le savaient. D’une manière générale, ce n’est pas évident d’assumer la différence liée à son identité sexuelle ou de genre en Afrique d’autant que de mon temps. il n’y avait pas de réseaux sociaux. J’ai grandi avec pour seules images d’homosexuels Elton John ou George Michael, que des hommes blancs… Je ne connaissais pas de personnes LGBTIQ+ noires.

C’est différent aujourd’hui?

Oui, la nouvelle génération est plus courageuse que la nôtre et parvient mieux à s’assumer. Elle est interconnectée avec les jeunes queers militant·e·x·s d’Europe ou des États-Unis. Iels sont dans les mêmes groupes, iels discutent. Iels ont plus d’outils, plus de modèles.

Cela reste pourtant essentiel de portera la voix des personnes afroqueer, comme tu le fais dans ton livre.

Absolument. Il y a un proverbe africain qui dit qu’aussi longtemps que les lions n’auront pas leurs historiens, les histoires de chasse seront toujours racontées à la gloire des chasseurs. Chaque minorité doit écrire son récit, son histoire. Elle doit écrire son propre vécu et se présenter avec ses propres mots. Ce recueil est ma contribution. Je pense que lire ces récits est une excellente façon de déconstruire les préjugés.

Des préjugés qui sont encore bien vivaces dans les pays du nord…

Oui, effectivement. Je parle dans le livre de la double invisibilité, de la double marginalité et de l’intersectionnalité des luttes contre le racisme et l’homophobie/transphobie dans lesquelles sont coincées les personnes appropriées lorsqu’elles vivent dans des pays majoritairement blancs. Vivant au Canada, j’ai bien sûr déjà subi le racisme et l’homophobie. Et même dans la communauté queer, j’ai déjà subi le racisme. Ce sont des choses qui perdurent tout comme la fétichisation de toutes les personnes non blanches. c’est aussi cette double discrimination qui m’amené à écrire ce livre, car finalement, où que l’on vive, les LGBTphobies sont bien installées.

Tu soulignes d’ailleurs que l’homophobie a été importée en Afrique par la colonisation.

Tout à fait. Peu de gens le savent. L’Afrique, porteuse de valeurs humanistes, a toujours été une société traditionnellement inclusive. Avant la colonisation, il n’y avait aucun texte en Afrique qui excluait des personnes. L’Ubuntu (ndlr: concept d’idéal social originaire d’Afrique australe), par exemple,dit: «Je suis parce que nous sommes». Il signifie l’interdépendance des êtres humains avec leur individualité. L’homophobie a été introduite en Afrique par la colonisation, à travers la religion et à travers les lois coloniales françaises et anglaises. Le Code civil français de Napoléon ou les lois anglaises portent en elles cette homophobie.

Pour finir, selon toi, que faire aujourd’hui pour être un·e·x bon·ne·x allié·e·x des luttes afroqueer?

C’est une question importante, parce que sans allié·e·x·s , on ne peut pas gagner une bataille et mon livre s’adresse beaucoup à elleux. Je pense que la première chose est de reconnaître ses privilèges et de s’en servir pour œuvrer à ce que les autres ne soient pas opprimé·e·x·s. C’est s’efforcer de déconstruire ses biais et ses préjugés. C’est aussi écouter celleux qui subissent des oppressions, écouter leur parole, les lire. Trop souvent, des personnes se disent alliées en dictant aux autres comment elles doivent mener leurs luttes. Or, ça, c’est précisément être un·e·x mauvais·e·x allié·e·x, c’est même faire partie du problème. On voit ça beaucoup avec des organismes européens qui viennent en Afrique. Ils ne demandent pas aux Africains LGBTIQ+ quelle est la meilleure façon de les accompagner.

Afroqueer, 25 voix engagées, de Fabrice Nguena, éditions Ecosociété, 216 pages

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