Monde Égypte/Canada

Sarah Hegazi, une vie détruite

17 juin 2020

Incarcérée pour avoir brandi un drapeau arc-en-ciel lors d’un concert de Mashrou’ Leila au Caire, la militante Sarah Hegazi s’est donné la mort. Le leader du groupe a exprimé son bouleversement et sa colère.

C’est un visage que l’on n’est pas prêt·e·s d’oublier: celui d’une jeune femme au sourire rayonnant, enveloppée dans un drapeau arc-en-ciel au milieu de la foule. Pour cette image, prise lors d’un concert de Mashrou’ Leila au Caire, en septembre 2017, Sarah Hegazi avait enduré une arrestation (avec six autres spectateurs), des tortures et trois mois de prison pour «promotion de la déviance sexuelle». Elle avait trouvé asile au Canada en 2018. C’est à Toronto que Sarah, en proie à une grave dépression, s’est donné la mort à l’âge de 30 ans, a-t-on appris lundi. Elle a laissé une note, qui commence ainsi: «À mes sœurs, j’ai essayé de survivre, mais j’ai échoué, pardonnez-moi.»

La nouvelle a donné lieu à de nombreux hommages, mais aussi à une avalanche de messages hostiles sur les réseaux sociaux arabes, se félicitant du décès de la militante queer et féministe égyptienne. Dans un long post sur Facebook publié mardi, le leader ouvertement gay du groupe Mashrou’ Leila, y a répondu sur un ton empreint de colère et de désespoir. Pour Hamed Sinno, le traumatisme enduré par Sarah est une expérience partagée par toutes les personnes LGBTQ+ nées dans le contexte oppressant des sociétés religieuses et hétérocapitalistes.

Changer le monde
«Dans mon optimisme d’autrefois, j’ai eu l’illusion que la musique pouvait changer le monde», écrit l’artiste libanais. «Sincèrement, je pensais que si les gens voyaient qu’un pédé comme moi aimait, pleurait, souffrait, riait, dansait et se battait pour la Palestine, contre le masculinisme, contre le racisme, contre le capitalisme, et luttait, luttait, luttait… ils comprendraient que je suis un être humain. Que nous sommes des êtres humains. Je m’en suis assez bien tiré pour finir par croire à cet optimisme. D’autres y ont cru aussi, et ont souffert à cause de cela. Le sang de Sarah est sur mes mains autant qu’il est sur les vôtres. Cela aurait dû être moi dans cette cellule de prison. Je demande pardon si j’ai donné à quiconque l’espoir qu’ils pourraient nous voir un jour comme des êtres humains.»

Son texte se conclut toutefois sur un encouragement aux jeunes LGBTQ+ du monde arabo-musulman. «Vous êtes la création de dieu, comme tout le monde. Vous êtes parfait·e·s. Vous êtes aimé·e·s. Vous méritez mieux.»

Besoin d’aide? En Suisse romande, diverses associations viennent en aide aux personnes en détresse, sans tabou ni préjugés. Leurs coordonnées se trouvent sur le site de Stop Suicide. La ligne téléphonique 147 et le site 147.ch de Pro Juventute répondent 24h sur 24 et 7 jours sur 7 aux personnes ayant des idées suicidaires ou cherchant des informations ou un soutien sur ce thème. Un chat pour les jeunes est ouvert chaque lundi soir (19h-22h) sur 147.ch. Il est animé par de jeunes bénévoles formés, notamment sur les questions LGBTQ+.

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