Monde États-Unis

Victoire historique contre les discriminations

16 juin 2020

(Image d'illustration)

La Cour suprême a déjoué les pronostics en étendant la protection des employé·e·s à l’orientation sexuelle et l’identité de genre, contre l’avis de l’administration Trump.

Les bonnes nouvelles sont plutôt rares pour les LGBTQ+ américain·e·s en ce moment. De quoi savourer la victoire que leur a accordé hier la Cour suprême. Dans un arrêt historique, l’instance a étendu l’interprétation de la loi de 1964 sur les droits civiques aux discriminations à l’emploi fondées sur l’orientation sexuelle et l’identité de genre. La discrimination en raison du «sexe», citée dans l’article VII à côté de la race, de la couleur, de la religion et des origines nationales, sera désormais entendue comme s’appliquant aux personnes homosexuelles, bisexuelles et transgenres.

Jusqu’à présent, la moitié des États permettait encore de licencier un·e employé·e simplement parce qu’il ou elle était LGBTQ+. Des organisations religieuses ont fait pression pour maintenir cette possibilité, craignant d’être forcées d’embaucher des personnes qui ne partagent pas leurs convictions et leur «style de vie». Un point de vue largement minoritaire dans l’opinion publique, si l’on en croit le sondage cité par le «New York Times»: 90% des sympathisants du Parti démocrate et 74% de ceux du Parti républicain estiment que ces discriminations devraient être illégales.

Victoire posthume
Les juges ont fondé leur arrêt sur l’examen de plusieurs cas, notamment celui d’Aimee Stephens, employée de pompes funèbres du Michigan mise à la porte en 2013, quand elle avait entamé sa transition. La décision arrive trop tard pour elle: elle a succombé à une longue maladie le 12 mai dernier. Trop tard aussi pour Donald Zarda, instructeur de parachutisme, viré en 2010 après avoir confié à une cliente qu’il était homosexuel, pour la mettre à l’aise avant un saut en tandem. Zarda s’est tué en 2014 en Suisse, aux Diablerets (VD), lors d’un saut de basejump.

Depuis l’arrivée au pouvoir de Donald Trump, la Cour suprême fédérale (dont les membres sont nommés à vie par la Maison-Blanche) penche du côté conservateur. Or, deux juges de ce camp se sont ralliés à l’avis de leurs collègues libéraux. C’est le cas de Neil Gorsuch, choisi par Trump en 2018. La décision constitue donc un énorme soulagement pour la communauté LGBTQ+. «Beaucoup d’entre nous craignions que la Cour allait démanteler les protections contre les discriminations, mais elle a repoussé les encouragements du gouvernement fédéral de suivre cette voie désastreuse», a estimé Suzanne B. Goldberg, militante et professeure de droit à l’université de Columbia.

Vendredi dernier, l’administration Trump a défait une protection pour les personnes trans dans le domaine de la santé et des assurances, après les avoir exclues en 2019 des rangs de l’armée.

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