Monde Mobilisations

«Soyons debout aux côtés des gens en Hongrie, en Pologne, en Russie»

3 mai 2020

La Budapest Pride de 2019. Photo: budapestpride.hu

Les fiertés se feront virtuelles cette année. Le chercheur Rémy Bonny interroge les effets de la crise du Covid-19 sur les mobilisations LGBTQ+ dans un contexte de danger accru. Premier épisode: la Hongrie.

Le mouvement LGBTQ+ est synonyme d’ouverture et de visibilité, mais ce sont justement ces deux éléments qui sont renvoyés au placard avec la crise du Covid-19. Une des conséquences de cette situation est l’annulation ou le report des Prides. Dans les pays occidentaux, mais aussi en Europe de l’Est et dans les Balkans.

Membre du comité de l’EuroPride, le Britannique Steve Taylor estime que «la Pride a été importante ces cinquante dernières années, et elle l’est plus que jamais au moment où nous voyons une montée des politiques nationalistes et d’extrême droite. Il faut que nous soyons debout aux côtés des gens en Hongrie, en Pologne, en Russie et dans dans tous les pays où les LGBTI font face à des restrictions et des oppositions croissantes. Mais évidemment, on ne peut pas, puisque de nombreuses Prides sont annulées ou reportées.»

«Une place à soi»
Pour Hans Verhoeven, de la Pride d’Amsterdam, très active dans le soutien aux marches sœurs en Europe orientale, ces événements sont une occasion privilégiée d’exiger «une place à soi au sein de la société. Et malheureusement il y a encore bien trop de pays où l’on doit se battre au quotidien pour un minimum de justice.»

Pas question cette année d’être réduits au silence. EuroPride et Interpride se sont associés pour créer une Global Pride exceptionnelle. L’événement aura lieu le 27 juin. Il mêlera des intervenant·e·s des quatre coins du monde, des performances musicales, des messages sur l’égalité et les droits humains. «Et pour une fois, cela permettra à des gens en Occident de manifester avec des gens à Kampala ou en Arabie saoudite, qui ne pourraient pas prendre part à une Pride chez eux», souligne Steve.

Décret liberticide
Un des pays où l’inquiétude est la plus forte est la Hongrie, où l’état d’urgence sanitaire décrété le 1er avril a entraîné des limitations des libertés publiques sans précédent. Pour les LGBTQ+, l’atteinte la plus emblématique est la remise en cause de la reconnaissance du changement d’état civil des personnes trans. «C’est un cas très frappant, explique Viktória Radványi, de Budapest Pride. Cette disposition consiste en trois ou quatre lignes perdues dans 27 pages de régulations complètement hétéroclites qui ont été adoptées en un bloc, sans aucune attention médiatique.»

L’idée est de changer les certificats de naissance: la ligne destinée au sexe de la personne deviendrait «sexe à la naissance», immuable en vertu de prétendues «caractéristiques primaires ou génétiques». «Cela pose déjà problème pour les personnes intersexes. C’est mal formulé et les conséquences sont incertaines sur vos papiers d’identité, votre permis de conduire», note Viktória.

«Même des pays comme la Russie, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan ou la Turquie permettent à leurs citoyen·ne·s de changer de sexe légalement. Comment cela peut-il se produire dans un pays de l’UE?»

«Nous sommes assez effrayé·e·s de ce qui va se produire, ajoute-t-elle. Nous avons été très stressé·e·s les premiers jours pour savoir comment s’organiser et faire face. C’est incompréhensible: même des pays comme la Russie, l’Ouzbékistan, le Kazakhstan ou la Turquie permettent à leurs citoyen·ne·s de changer de sexe légalement. Nous sommes sous le choc: comment cela peut-il se produire dans un pays de l’UE?» Les organisations hongroises tentent de mobiliser leurs allié·e·s, en Hongrie même et à l’étranger. Cela passe par les réseaux sociaux, faute de mieux.

Viktória rappelle que la situation des trans en Hongrie était déjà précaire avant la crise. «En 2019 une enquête avait révélé que 40% avaient subi un licenciement en raison de leur identité sexuelle. Ce chiffre risque d’augmenter rapidement avec cette loi qui exclut les trans de la possibilité même de vivre une vie normale.»

Texte tiré du podcast «Pride» (en anglais) du militant et chercheur belge Rémy Bonny remybonny.com. Adaptation: Antoine Gessling.

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