Monde Hongrie

Les trans*, premières victimes des pleins pouvoirs à Orbán?

2 avril 2020

À la faveur de la crise du coronavirus, le gouvernement hongrois se prépare à suspendre la reconnaissance légale du changement de sexe. Un «énorme bond en arrière».

La démocratie hongroise toussait déjà, le coronavirus pourrait bien lui être fatale. Lundi, le Parlement contrôlé par le parti nationaliste Fidész du Premier ministre Viktor Orbán s’est virtuellement sabordé en accordant à l’Exécutif le droit de gouverner par décret du fait de la pandémie. Or le lendemain – loin des préoccupations sanitaires actuelles – le vice-Premier ministre Zsolt Semjén, membre d’un parti satellite du Fidész, soumettait un texte exigeant que le «sexe à la naissance» soit désormais inscrit dans les documents officiels, à l’exclusion de toute autre mention de genre.

«Changer son sexe biologique est impossible», explique le mémorandum du gouvernement, qui précise que les «caractéristiques sexuelles primaires et chromosomiques», considérées comme immuables, ne pourraient plus être modifiées dans les registres civils.

Conséquences tangibles
Même si le sort des personnes ayant déjà fait changer leur sexe légal et leur prénom est encore peu clair, comme le note le site allemand Queer.de, cette mesure pourrait empêcher les personnes trans* de faire reconnaître leur identité réelle dans leurs papiers d’identité ou sur leur permis de conduire. «Cette proposition prive les personnes trans en Hongrie de leur possibilité d’utiliser leurs documents sans peur», s’alarme Zsófia Szabó, de l’organisation trans Prizma Közösség. Au niveau européen, TGEU a condamné un «énorme bond en arrière pour la société hongroise».

Demandes déjà suspendues
Ironiquement publiée au soir de la Journée internationale de la visibilité trans, cette modification de loi était déjà dans les cartons du gouvernement depuis plusieurs mois. Celui-ci entendait riposter à un arrêt de la Cour constitutionnelle, qui avait statué que le changement de sexe était un droit fondamental des citoyen·ne·s. La démarche, ainsi possible depuis 2018, est toutefois soumise à la production d’un rapport médical. En outre, depuis février, le bureau de l’état-civil de Budapest a cessé d’enregistrer les demandes dans l’attente d’une décision du Ministère de la santé.

Cette nouvelle atteinte aux droits fondamentaux s’ajoute à une longue liste de mesures limitant la liberté d’expression et les droits des minorités en Hongrie, pays dont on se demande ce qu’il fait encore dans l’Union européenne. Concernant les LGBTIQ+, on peut citer l’interdiction des études genre dans les université ou celle du mariage entre personnes du même sexe.

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