Culture Intérieurs

Confiné·e·s volontaires

5 mai 2020

Marlene et sa poupée fétiche.

Bien avant la pandémie, cinq icônes de la pop culture gay ont choisi de vivre loin du monde et de ses tracas, cloîtré·e·s entre quatre murs ou dans la douce quiétude de leurs résidences luxueuses…

Que le monde leur ait paru hostile ou insupportable, elles et ils ont choisi de vivre entre quatre murs. Un confinement volontaire qui fait partie de la légende de ces figures de la pop culture queer…

Marlene Dietrich (1901-1992)
savait maîtriser son image publique comme personne. Pour la petite histoire, elle n’acceptait d’être photographiée que face à un miroir, de manière à pouvoir contrôler parfaitement la pose qu’elle prenait et s’assurer ainsi d’être toujours à son avantage. Afin de ne pas briser le mythe Dietrich, l’image de femme fatale au regard de glace qu’elle s’était façonnée tout au long de sa carrière, la star a renoncé à toute vie publique durant les quinze dernières années de sa vie. Elle a dès lors vécu repliée dans son «Matrazengruft» (matelas-tombeau), l’appartement qu’elle occupait au 12, avenue Montaigne, à Paris, ne communiquant plus que par téléphone et par lettres avec le monde extérieur.

Marcel Proust (1871-1922)
a assidûment fréquenté l’aristocratie parisienne durant sa jeunesse, couru les réceptions et les soirées mondaines, glanant dans les salons de la capitale française un précieux matériau pour son œuvre monumentale, «À la recherche du temps perdu», qui regorge d’anecdotes truculentes sur les faits et gestes du Tout-Paris de la Belle Époque. Mais l’écrivain français tirera un trait sur sa vie d’oisif dès l’âge de 34 ans, à la mort de sa mère. Rongé par le chagrin et affaibli par l’asthme dont il souffrait depuis l’enfance, le dandy vivra dès lors calfeutré dans sa chambre à coucher, au 102, boulevard Haussmann, à Paris.

La chambre de Marcel Proust, reconstituée au Musée Carnavalet, à Paris.

C’est dans cette pièce qu’il avait fait tapisser de liège, pour étouffer les bruits du dehors, les volets clos, un drap tendu sur la porte pour se préserver des courants d’airs, qu’il écrira une grande partie des 4000 pages de «La Recherche».

Michael Jackson (1958-2009)
Sur les grilles de son ranch californien, dont il fit l’acquisition à la fin des années 1980, il avait fait écrire «Once upon a time» en lettres d’or: «Il était une fois». Car c’est dans un conte de fées que Michael Jackson aurait aimé vivre, lui qui était obsédé depuis sa tendre enfance par le personnage de Peter Pan, à qui il s’efforçait de ressembler à coups de bistouri.

Il était même allé jusqu’à donner au ranch le nom du pays imaginaire de son héros, «Neverland». La popstar américaine s’y réfugiait entre deux tournées, loin du monde réel. Le luxueux domaine avait été aménagé à la manière d’un parc d’attractions, avec petit train, manèges, grande roue, cinéma, et même un zoo. Le chanteur y menait une existence quasi solitaire, sous cloche. À l’exception de quelques ami·e·s du show-business, il ne recevait à Neverland que des enfants de son fan club — sur lesquels il est fortement soupçonné d’avoir commis des abus sexuels.

Louis II de Bavière (1845-1886)
Monté sur le trône à l’âge de 18 ans, Louis II de Bavière ne s’intéressait pas le moins du monde à la politique. Ce jeune homme farouche, exalté, rêveur et mélancolique n’avait d’yeux que pour les arts et les belles choses. Il passa le plus clair de son règne à ruiner la Bavière en se lançant dans de fous projets de construction de châteaux féeriques (Neuschwanstein, Herrenchiemsee, Linderhof) dans lesquels il s’isolait du monde extérieur, dormant le jour et passant ses nuits en solitaire. Dans le château de Linderhof, son petit Versailles, il était même allé jusqu’à faire équiper sa salle à manger d’un ingénieux système mécanique qui permettait de faire monter ses repas à l’étage et d’éviter ainsi tout contact avec ses serviteurs.

Louis II de Bavière dans son ultime confinement.

Brigitte Bardot (1934)
Pas évident de qualifier B.B., monument de la culture pop française, d’icône gay, elle qui a tenu des propos homophobes à plusieurs reprises. Mais elle fait sans conteste partie de ces stars qui ont passé une grande partie de leur vie confinées: en 1958, alors qu’elle tourne un film au bord de la Méditerranée, elle a un coup de foudre pour une villa en bord de mer, La Madrague, à Saint-Tropez.

Cette maison deviendra son refuge, elle qui était jusque là contrainte de vivre les volets fermés à cause des paparazzi qui guettaient ses moindres faits et gestes au pied de son immeuble parisien. Soixante ans plus tard, Brigitte Bardot y vit toujours recluse. Et pour fuir les curieux qui continuent aujourd’hui encore de s’approcher de sa plage privée pour l’apercevoir, elle passe même une partie de ses journées dans une autre propriété des environs, cachée dans les hauteurs.

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