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Représenter un orient queer

Représenter un orient queer
©Alireza Shojaian, Sous le ciel de Shiraz
Jusqu’au 19 février 2023, l’Institut du Monde Arabe, à Paris, donne la parole à une vingtaine d’artistes queer dans un tour d’horizon de la création contemporaine artistique d’Afrique du Nord et du Moyen-Orient.

L’Institut du Monde Arabe (IMA) se déploie le long des quais de la Seine à Paris, en face de la pittoresque Île Saint-Louis. Depuis la place Mohammed V qui borde son bâtiment principal, on peut contempler la façade dessinée par Jean Nouvel, inspirée par les figures géométriques des moucharabiehs orientaux, ainsi que la monumentale affiche de l’exposition Habibi, les révolutions de l’amour qui présente le travail de l’artiste français d’origine iranienne Alireza Shojaian. C’est d’ailleurs ce même dessin qui ouvre l’exposition où se côtoient une vingtaine de créateur·rice·x·s, tous·tes·x issu·e·x·s de ce que nous appelons souvent maladroitement «le monde arabe», à savoir l’Afrique du Nord et le Moyen-Orient.

Les propositions artistiques offertes aux spectateur·rice·x·s vont de la photographie à la broderie en passant par la vidéo ou encore le dessin. Répartis sur deux niveaux, les œuvres se regroupent en deux thématiques: «Désir, Intimité, Sexualité» et «Performer le genre». On déplorera au passage que cette seconde dimension ne soit pas annoncée clairement dans le choix du titre de l’exposition. Malgré ce léger bémol, l’ensemble proposé est à la fois émouvant et drôle, bien plus que ce que l’on pourrait imaginer lorsqu’on associe les thématiques LGBTIQ+ et cette région du monde.

Moment de grâce
Dans le veine du sarcasme, on retrouve une œuvre de Raed Ibrahim, plasticien qui évolue entre l’Arabie saoudite et la Jordanie. Son travail nous prend au dépourvu lorsqu’il nous propose une installation jouant sur les codes bien connus de l’industrie pharmaceutique. Les emballages colorés des pilules qu’il propose, appelées Gayom et sous-titrées Be Normal, ont été créées dans le cadre de sa série For Every Ailment There Is a Remedy [À chaque maladie son remède]. Ce sont autant de simili-médicaments coup-de-poing qui cherchent à «guérir» les interdits sociaux, de l’homosexualité à la honte qui entoure la sexualité féminine.

En parlant de cette dernière, dans un coin réservée aux 18+, on découvre les peintures éblouissantes de l’artiste afghane Kubra Khademi. Ses dessins offrent au regard du public des représentations de la sexualité entre femmes, sans complexe ni voyeurisme. Face à elles, les dessins aux crayons de couleur de Soufiane Ababri, artiste installé entre Paris et Tanger. Le travail qu’il présente à l’IMA questionne l’homo-érotisme qui peut s’installer dans les rapports de force avec l’institution répressive qu’est la police.

Jeanne et Moreau, Bouquet #10

Plus loin, les photographies du couple d’artistes Jeanne et Moreau, ou Lara Tabet et Randa Mirza à la ville qui, à travers de très pures images de bouquets de fleurs défraîchies, documentent les différents endroits où elles ont trouvé refuge et ont pu vivre quelques temps suite à la catastrophe qu’ont été les deux explosions survenues au port de Beyrouth en août 2020. Ces visuels sensibles suggèrent à la fois la beauté retrouvée dans de petits instants du quotidien, malgré le drame, et leur aspect éphémère et fragile. Moment de grâce.

Trouver la paix
Au sous-sol, dans la seconde partie de l’exposition baignée notamment par le musique de Mashrou’Leila, groupe de rock alternatif libanais dont le travail est présenté dans la proposition collective Ballroom, on ne peut qu’être amusé·e·x par les broderies de Sido Lansari. Le Marocain met en valeur les sous-titres arabes du show RuPaul’s Drag Race, disponible sur Netflix dans des pays où l’homosexualité est illégale, comme l’Arabie Saoudite ou l’Iran. Ses petits tableaux illustrent les tensions entre globalisation et conservatisme religieux à travers quelques mots brodés en arabe et en anglais comme «power bottom» ou encore «that bitch is fierce».

Sido Lansari, Power bottom 2022

Khalid Abdel-Hadi, le co-commissaire de l’exposition et directeur éditorial du magazine digital My.Kali (mykalimag. com) explique que les artistes sélectionnés portent les voix de personnes qui souffrent mais aussi de celles qui ont trouvé la paix, aux croisements complexes de leurs identités queer et «orientales». Au-delà de ces aspects, dans leur force collective, les propositions singulières offertes à travers les œuvres présentées dans l’enceinte de l’IMA nous amènent incontestablement à nous questionner, en tant que spectateurs·rices·x occidentaux·les, sur le regard bien souvent simplificateur que nous posons sur les cultures dites du «monde arabe». Une exposition à visiter sans plus attendre.

Habibi, les révolutions de l’amour
Institut du Monde Arabe, Paris
Jusqu’au 19 février 2023
plus d’infos sur imarabe.org