Culture Expo

Le sain des seins

3 oct. 2020

Erwan Frotin, «Aîssatou», 2020.

L’exposition «Des seins à dessein» réunit les artistes contemporains les plus en vue à l’Espace Arlaud, à Lausanne. Chacun·e a créé une pièce en lien avec la thématique de la féminité et le spectre du cancer du sein qui la menace.

Octobre, c’est le mois du cancer du sein. Une maladie contre laquelle de nombreuses femmes et quelques hommes se battent partout dans le monde. Chaque année en Suisse, on dénombre environ 6200 nouveaux cas chez la femme et environ 50 chez l’homme. Il s’agit du cancer le plus fréquent dans la population féminine, soit un tiers de tous les diagnostics de cancer. Bien que le risque augmente après 50 ans, la maladie touche également des femmes jeunes: 20 % des patientes n’ont pas atteint la cinquantaine au moment du diagnostic.

Face à la dure réalité des chiffres compilés par la Ligue contre le cancer, la Fondation Francine Delacrétaz a mis sur pied l’exposition quinquennale «Des seins à dessein» à Lausanne en 2006, dont les bénéfices des ventes vont à la recherche contre le cancer. Orchestrée par le cofondatrice Marie-Christine Gailloud-Matthieu, l’exposition regroupe quarante-cinq artistes contemporain·e·s autour du thème. On y retrouve certains noms connus, telle que l’artiste plasticienne genevoise Sylvie Fleury, ainsi que d’autres dont les œuvres provoquent le grand frisson. Une exposition souveraine à ne pas manquer.

L’empire des seins

Heureusement, la poitrine n’abrite pas que le cancer en son sein. Depuis la nuit des temps, cette partie de l’anatomie féminine alimente le fantasme dans l’art, la publicité, au cinéma, en BD et elle a provoqué de puissants émois chez les fans de Sabrina dans les années 1980. Plus qu’aucune autre partie du corps féminin, le sein englobe la vie, le désir, la sensualité, la maladie, la mort. Peut-être pour toutes ces raisons réunies, la police de la pudeur considère, trop souvent et à tort, la poitrine féminine comme «too much».

Julie Monot, «See Double», 2020. Laine, coton, latex synthétique, peinture acrylique, 150 x 135cm

Les seins, on les fantasme autant qu’on demande à les cacher. Étourdissante éminence qu’Instagram – sommet de l’hypocrisie – s’évertue à censurer. «Couvrez ce sein que je ne saurais voir», comme la célèbre réplique du Tartuffe de Molière dans un autre temps. Plus récemment, cet été, des flics demandaient à des femmes de remettre leur haut sur une plage près de Perpignan, en France. Atteinte à la pudeur, vraiment? Non, pure connerie des temps modernes. On a connu la France plus relax et carrément sexiste. Les plus âgé·e·s s’en souviennent: en 1981, l’année de l’élection de François Mitterrand comme président de la République française, les murs du pays se couvraient d’une campagne d’affichage racoleuse montrant un mannequin topless accompagnée du slogan «Le 4 septembre, j’enlève le bas».

Entre désirs et débats féministes, le sein n’a pas fini de susciter l’émoi. D’un point de vue purement sanitaire, rappelons que la mammographie demeure la principale méthode pour déceler précocement un éventuel cancer du sein et que lorsqu’il est détecté au stade débutant, le traitement est souvent plus simple et les chances de survie sont généralement plus élevées.

«Des Seins à Dessein», 4e édition, Espace Arlaud Lausanne, jusqu’au 8 novembre. Plus d’infos sur: fondationfrancinedelacretaz.ch

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