© Peter Berlin

Gravure de porn

Le photographe allemand Peter Berlin, qui fut son propre modèle, a imprimé sa marque comme personne avant lui sur l’imagerie porno gay mondiale.

Il ressemblait à un dessin de Tom of Finland qui aurait pris vie sous le soleil de Californie. Et savait se mettre en scène d’une manière exceptionnelle. Le photographe allemand Peter Berlin, qui fut son propre modèle, a imprimé sa marque comme personne avant lui sur l’imagerie porno gay mondiale. Le poster boy des années 1970 était à l’affiche du Porn Film Festival de Berlin en octobre dernier, qui consacrait une rétrospective au septuagénaire.

– Toute ton iconographie est basée sur ta beauté. Continues-tu à t’aimer malgré les années?
– Non ! (en hurlant) Quand je me regarde dans le miroir, j’ai des frissons. Je suis très critique à mon égard. Mais je l’étais déjà quand j’étais encore Peter Berlin. Je parle au passé car cela fait 20 ans que Peter Berlin est mort en soi. Tu ne parles pas avec Peter Berlin mais avec Armin, mon vrai prénom. Même quand j’étais plus jeune je ne me trouvais pas beau. C’est pourquoi mes photographies sont très étudiées. Je savais exactement comment me mettre en valeur. Je n’aimais pas être pris en photo par les autres et je ne me considérais pas comme photogénique. Je n’étais pas sûr de moi, j’étais timide. Tout le contraire de ce que j’exprimais avec les photos.

– Et tu es devenu un sex-symbol pour la communauté gay…
– Quand les gens ont commencé à me reconnaître dans les rues de San Francisco dans les années 1970, et ça arrive encore aujourd’hui de temps en temps, ils m’arrêtaient et me disaient qu’ils avaient vu mes photos et que cela leur avait donné du courage d’assumer leur sexualité. Je recevais aussi beaucoup de lettres de remerciements à cette époque.

– Avant de partir pour les ÉtatsUnis au début des années 1970, tu as passé ta jeunesse à Berlin. Quel souvenir gardes-tu de cette période de ta vie?
– Vers 16-17 ans, quand j’ai commencé à me rendre compte que j’étais gay, je sortais le soir dans les bars gays et dans la nature, comme par exemple dans la forêt de Grunewald, à l’Ouest de Berlin. Ce n’est sans doute plus le cas aujourd’hui, mais dans les années 1960, il y avait des centaines et des centaines de garçons dans la forêt quand il faisait nuit. C’était fantastique ! (rires) Après mon coming-out, j’ai dû déménager de chez ma mère et puis je suis parti à Wiesbaden travailler dans un cinéma. C’est là que j’ai rencontré Jochen. On a d’abord eu une brève histoire puis on est devenus meilleurs amis. À partir de ce moment-là, il m’a pris sous son aile et je n’ai plus jamais dû travailler de ma vie. Jochen est le plus beau cadeau que la vie m’ait donné. Nous sommes restés amis pendant 20 ans, jusqu’à sa mort. Il est mort du sida. Jochen m’a emmené vivre à Rome, à Paris, puis à New York. Il m’a offert son appareil photo Hasselblad quand il est rentré en Allemagne. J’ai choisi de rester à New York, chez un mec qui m’avait proposé de m’héberger. Puis j’ai croisé quelqu’un qui m’a proposé de venir en Californie et j’ai suivi. À cette époque j’ai toujours vécu chez les uns et les autres, cela se passait très bien. J’ai toujours très bien vécu sans un centime en poche. Quand je suis arrivé à San Francisco, j’ai commencé à faire des photos avec l’appareil de Jochen. Et ces photos sont toujours là aujourd’hui.

– Une des particularités de tes autoportraits, qui est devenue ta griffe, est que tu apparais deux fois sur de nombreux clichés. D’où vient ce choix de mise en scène?
– C’est très simple, quand j’ai commencé à me photographier, je me suis dit qu’il y avait trop de place à ma gauche et à ma droite sur les images. J’ai donc décidé de faire une double exposition et de me prendre deux fois en photo sur le même cliché. Juste pour qu’il y ait autre chose sur l’image, voilà le concept. Tu as également posé devant l’objectif de Robert Mapplethorpe… Oui, mais je n’ai pas couché avec lui ! (rires) Mais Jochen, lui, si. De toute façon, ça n’aurait pas été ma tasse de thé, le SM n’a jamais été mon truc. Il m’a rendu visite dans mon appartement à San Francisco avec son compagnon Sam Wagstaff, qui collectionnait les photos. Il voulait m’en acheter quelques-unes, m’a demandé le prix, et je les lui ai offertes. C’est pourquoi je suis aujourd’hui vieux et pauvre (rires), car je n’ai jamais été capable de me vendre et que je n’ai jamais considéré mes photos comme précieuses. Je tirais les photos moi-même et je me disais : le papier photo coûte 2 dollars, donc ma photo en coûte 5. J’ai donc offert mes photos à un millionnaire ! La seule chose qui m’intéressait à l’époque, c’était d’avoir du bon temps et du sexe. Chaque jour, chaque soir, chaque nuit.

– Est-ce que le sexe continue aujourd’hui de jouer un rôle important dans ta vie?
– Non, pas du tout. C’est comme si j’avais quitté le monde du sexe et fermé la porte derrière moi. Je vis comme si je n’avais jamais été un objet sexuel. Ça a quelque chose de reposant, même si quelque part cela me manque de ne plus avoir cette pulsion. Pour moi, le sexe reste quelque chose de très connecté à la jeunesse et à la beauté.

» A voir: le documentaire «That Man: Peter Berlin» du réalisateur américain Jim Tushinski, sorti en 2005, les films porno «Nights in Black Leather» (1973, film réalisé par Richard Abel alias Ignatio Rutkowski, avec Peter Berlin dans le rôle titre et «That Boy» (1974, par et avec Peter Berlin)

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