Douloureuse métamorphose

Lukas Dhont bouleverse avec «Girl», l’histoire choc de Lara, 15 ans. Née garçon, elle est prête à tout pour devenir ballerine.

Caméra d’or et Queer Palm au dernier Festival de Cannes, «Girl» avait fait chavirer la Croisette en nous laissant découvrir la ravissante timide, solaire et gracile Lara. Les yeux bleus, le teint translucide, l’adolescente de 15 ans a un rêve, devenir ballerine. Avec le soutien d’un père formidable qui l’aime, la comprend et la protège, elle est prête à tout pour le réaliser. Travaillant comme une forcenée, pieds en sang, dos douloureux, jambes raides, elle souffre plus encore que ses camarades, pour se plier à cette discipline de fer qu’est la danse classique. Car Lara, née garçon, suit un traitement hormonal.

Pour elle, une danseuse est l’incarnation de la féminité. Mais avant que la transition s’opère, elle doit dompter, soumettre ce corps qui se dérobe, cacher ce sexe qu’elle ne peut, qu’elle ne veut plus voir, le comprimant sous des pansements adhésifs qui lui brûlent douloureusement le ventre.

«Girl» aurait pu sombrer dans le voyeurisme et le sensationnalisme. C’est le contraire dans ce récit choc qui vous emporte dès l’ouverture en vous touchant au cœur. Le Flamand Lukas Dhont, 27 ans, propose une première œuvre rare, sensible, subtile. Un bijou de grâce et d’émotion. Mais aussi frontal et cru.

Une formidable découverte
Déjà comparé au prodige québécois Xavier Dolan, l’auteur est une révélation à l’instar de son protagoniste Victor Polster. Pour ses débuts à l’écran, ce Belge francophone de 16 ans, élève du Ballet royal d’Anvers, est époustouflant de talent, de maîtrise, de justesse. Il livre une exceptionnelle performance physique dans le rôle d’une Lara lancée à la fois dans l’apprentissage d’un art astreignant et le parcours hors-norme du changement de sexe.

Ce qui passionne, au-delà de magnifiques séquences chorégraphiées, c’est la façon dont le réalisateur montre la nécessité de faire reconnaître leur véritable identité sexuelle aux personnes emprisonnées dans un faux corps, les différentes et difficiles étapes pour en changer. Et surtout bien sûr la manière dont Lara, en quête d’absolu, vit sa métamorphose. Beaucoup trop lente à son goût, elle la poussera vers la violence…

 

Un docu qui se transforme en fiction

Le film est entré dans la tête de Lukas Dhont il y a une dizaine d’années lorsqu’il découvre la vraie histoire de Nora, une danseuse née garçon. Il la contacte pour un documentaire. Elle refuse mais lui raconte sa vie. Elle est alors devenue Lara et le documentaire s’est mué en fiction par la grâce d’un producteur belge qui a accepté de tenter l’aventure.

» Sur les écrans romands le 10 octobre

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