Il était une fois le Studio 54

«Studio 54», sorti en salles le mois dernier aux Etats-Unis est un nouveau documentaire avec des séquences inédites sur le club légendaire que les New-Yorkais ne veulent pas oublier.

Grand sujet favori qui vend du rêve, la saga du Studio 54 revient régulièrement irradier les rubriques «lifestyle» ou «people» des magazines en mal de glamour. Et pour cause. Quintessence des années 70, cette époque lointaine caractérisée par la quête d’extase absolue, le club new-yorkais ne cesse de hanter celles et ceux qui ne l’ont pas connu, comme aveuglés par le mirage englouti d’un monde régi par la jouissance au rythme de la musique disco. Les clubbers et jetsetters qui l’ont fréquenté refusent de l’oublier, acteurs et témoins d’un hédonisme extrême qui prônait une liberté d’être et de paraitre totale, avant que le sida ne vienne semer la terreur au début des années 80. C’est sous leur impulsion que le documentaire «Studio 54» a vu le jour. «Certains ne s’en sont jamais remis, observait le réalisateur Matt Tyrnauer pendant la promo du film aux Etats-Unis. C’était un moment déterminant de leur vie, ils forment une diaspora.»

Célébrités au diapason
En s’emparant d’un tel sujet, tout l’enjeu était de trouver quelque chose de nouveau à dire. Tout et son contraire a déjà été disséqué sur la boîte à fantasme ouverte en avril 1977 et fermée en 1980, 33 mois plus tard: les stars prenant leur dose de coke et de décadence mélangés à leurs admirateurs, Bianca Jagger et son entrée fabuleuse sur un cheval blanc, accompagné d’un mec à poil, Andy Warhol, Liz Taylor, Liza Minnelli, Debbie Harry, Grace Jones, Truman Capote, Klaus Nomi et tant d’autres. «C’était révolutionnaire!»; dans le premier trailer, Nile Rodgers se remémore l’ambiance survoltée qui régnait en secouant la tête comme s’il n’y croyait toujours pas : «Pour la première fois, je ressentais que personne ne se jugeait.»

Fourrures, lamé or, sexe, drogues et disco étaient les ingrédients d’une recette explosive. Mais ce n’est pas tout: jusqu’ici contraints à rester dans le placard, les gays sortaient enfin pour envahir le dancefloor et transformer le monde en une immense boule à facettes. Une victoire sans précédent. Tout cela a été répété mille fois, dans des séries d’été et sur YouTube. Matt Tyrnauer le savait bien et ne comptait pas tomber dans le piège de la redite sans intérêt. Dans une récente interview accordée au magazine «Garage», il explique: «Je cherche à raconter aux gens des histoires qu’ils pensent connaitre, mais qu’ils ne connaissent pas en réalité». Il ne croyait pas si bien dire, car il restait des pistes inexplorées qu’il a découvertes via un groupe de soutien du Studio 54. «Les fidèles du club qui se battent pour sa mémoire se sont retrouvés via le grand méchant Facebook. Je les ai approchés et ils m’ont invité à une réunion, se souvientil dans les colonnes du magazine. En parlant avec eux, j’ai appris que des étudiants de l’Université de New York étaient autorisés à filmer à l’intérieur avec une caméra 16mm. Je les ai retrouvés, le film existe et n’avait jamais été montré au grand jour auparavant.» Le déclic a lieu.

Des paillettes à la chute
Chroniqueur pour «Vanity Fair», le réalisateur avait été nominé aux Oscars en 2010 pour son documentaire «Valentino: The Last Emperor». Fort de son passé de journaliste, il a plongé dans les archives du Studio 54 et les séquences filmées inédites pour donner un nouveau regard sur le club. Trop jeune à l’époque, il porte sur l’épopée le regard neutre de ceux qui ne l’ont jamais connu. Mettant volontairement de côté les paillettes, il a mené son enquête auprès de ceux qui ont contribué à la légende du lieu. La féroce fulgurance de sa gloire hors-norme n’a d’égal que son déclin, tout aussi fulgurant. Des histoires comme New York les adore, en somme.

A la tête de l’empire de la nuit situé au 273 West 54th Street en plein Manhattan, les entrepreneurs Ian Schrager et Steve Rubell ont capturé l’air du temps pour le transformer en une fête sans fin. Ou presque. «On ne peut pas jouir d’une telle popularité sans que quelqu’un ne finisse par vouloir vous nuire», observe avec philosophie une habituée des lieux de l’époque. Du dancefloor à la prison, le duo en fit les frais à ses dépens, condamné pour évasion fiscale en 1980. Pour la première fois dans le documentaire, Ian Schrager accepte de parler de cette période et de son acolyte, décédé du sida en 1989. Si parfois les courtes histoires sont les meilleures, alors le Studio 54 en est le parfait symbole. «Vivre vite, mourir jeune et faire un beau cadavre», comme le souligne le réalisateur: «Le Studio 54 était le James Dean des clubs.»

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