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Rendre visible l’invisible

Everybody’s Perfect invite Sébastien Lifshitz à présenter son dernier documentaire à Genève, «Bambi». Un portrait fascinant d’une transsexuelle au destin romanesque, livré par un cinéaste gay de talent.

Alors que nous venons récemment d’être témoin de débordements malheureux en France suite à l’acceptation du mariage pour tous, pas étonnant que le festival bisannuel Everybody’s Perfect (Festival du film LGBTIQ&A de Genève) invite Sébastien Lifshitz, cinéaste Français césarisé, en prélude à sa troisième édition, prévue en septembre. Et pour cause ! De la question LGBT, le cinéaste en a fait son art. Des fictions aux documentaires, les films de Lifshitz mettent à l’honneur des personnages homosexuels (Les Corps Ouverts, Presque Rien, Plein Sud, Les Invisibles) ou transsexuels (Wild Side et Bambi), en s’écartant avec intelligence de la militance pour révéler des trajectoires captivantes, originales et riches, parfois lumineuses, parfois tragiques, toujours réalistes et propices au questionnement.

Des aînés épanouis
C’est ainsi qu’avec son précédent documentaire Les Invisibles (César du meilleur film documentaire en 2013), on partait à la rencontre d’homosexuels épanouis de 70 à 90 ans, hommes et femmes, en couples ou seuls, scénarisés comme des personnages de fiction. De parfaits inconnus qui témoignent en photos et face caméra de ce que fut leur vie entre les années 50 et 70, quand on ne parlait pas encore de ces minorités sexuelles. Soit, avant l’impact des revendications de 1968, et avant encore le sida des années 1980, qui «ont tout changé».

«C’était important pour moi de raconter l’homosexualité du prolétariat à la bourgeoisie, de la ville à la campagne. Je voulais vraiment essayer d’étendre le spectre social du film le plus largement possible pour sortir du cliché de l’homosexualité forcément à la ville, forcément dans des types de professions libérales et forcément douloureuse. Je voulais vraiment raconter l’homosexualité de façon démocratique», explique Lifshitz, qui pose un regard bienveillant sur les événements récents en France et se souvient que l’acceptation du Pacs avait aussi donné lieu à des réactions vives de la part de l’opposition.

Dans son nouveau moyen métrage (58 min), Bambi (voir ci-dessous), le cinéaste poursuit brillamment la démarche entamée dans Les Invisibles, à savoir celui d’amener à la lumière un témoignage précieux. Mais cette fois-ci, c’est celui d’une transsexuelle accomplie. Belle manière de dissiper l’incompréhension sur un autre sujet LGBT.

Une oeuvre polymorphe
Le cinéma ? Au départ, Lifshitz ne s’y destinait pas. Spécialisé en photographie et peinture contemporaine, il y est arrivé par hasard. Son intérêt pour la photographie ne quitte toutefois pas le cinéaste qui collectionne depuis toujours les images amateurs – souvent des portraits d’inconnus – « dont les couples homosexuels et les gens que j’identifie comme homosexuels dans ces images ». Aux Puces de Vanves à Paris, il raconte un jour être tombé « sur l’album de deux vieilles dames bourgeoises aux allures de couple », une supposition qui se révèle exacte. De cet album naît l’idée du film Les Invisibles. Et en octobre dernier, Sébastien Lifshitz publie un recueil de photos éponyme qui met en scène des couples d’aînés LGBT, «réels ou imaginés», issues de vieilles images accumulées sur une vingtaine d’années. Un témoignage de plus pour restituer une mémoire jusqu’alors restée cachée.

«Bambi» sous la loupe

Sobrement intitulé Bambi, du nom de scène de sa protagoniste Marie-Pierre Pruvot, ce documentaire primé d’un Teddy Awards à la Berlinale 2013, conjugue des images d’archive tournées par Bambi, elle-même, avec une caméra Super 8 et des images d’aujourd’hui. Pour au final, brosser le portrait sensible du destin extraordinaire d’une transsexuelle meneuse de revue dans les années 1950, puis devenue professeure primée au collège malgré sa différence. Aujourd’hui âgée de 78 ans, Bambi n’est pas une inconnue, contrairement aux protagonistes du film Les Invisibles dans lequel ce récit devait initialement prendre place. Avec Coccinelle (Jacqueline, Charlotte Dufresnoy), elles sont les premières et les plus célèbres transsexuelles de France. Le cinéaste dit du parcours de Bambi qu’il a «vraiment valeur d’exemple, à pleins de niveaux». Et effectivement. Car au-delà de la question pure de la transformation physique, Bambi déploie un personnage qui a su se réinventer avec brio à chaque moment important de sa vie. Et par cet aspect, le film cesse d’être un sujet propre aux genres pour devenir un témoignage de vie exemplaire, universel et bouleversant.

» Projection de Bambi aux Cinémas du Grütli, Genève, les 15 et 16 février en présence du réalisateur. Une soirée spéciale Sébastien Lifshitz sera également organisée à la Cinémathèque suisse, Lausanne, le 10 avril.
» Everybody’s perfect se tiendra à Genève du 19 au 28 septembre prochains.

2 thoughts on “Rendre visible l’invisible

  1. « Transsexuelle accompplie ».

    Et hop une petite louche de normalisation de plus. On en manquait.

    Mais c’est vrai que Lifschit est très fort (et très classique) dans l’exotisation des transses (notamment dans Wild Side qui tourne entièrement autour de la sexualisation et de « est-ce qu’elle a une bite ? »).

    A on a pas le cul tiré des ronces…

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