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Toisons désirables

Toisons désirables

Affranchies du male gaze, les femmes queer libèrent leur corps de la police du poil. Une liberté qui attire l'œil et suscite le désir.

Qu’iels soient des femmes cis ou trans ou personnes non binaires, qu’iels soient lesbiennes, bi ou pansexuel·le·s, iels ont grandi dans une société qui leur a bien appris qu’une femme, une vraie, s’épile; que les poils sous les aisselles, c’est crade et que le mont de Vénus ne peut se dévoiler qu’en forme de «ticket de métro». «Nous grandissons avec l’idée que les poils des femmes sont moches et sales. Je me souviens, à l’école, la rumeur disait que les Allemandes ne se rasaient pas les aisselles, et c’était censé être vraiment, vraiment dégoûtant. Je n’ai jamais questionné ces propos. J’ai grandi en voyant les femmes s’épiler les sourcils, les jambes et le maillot, et refuser ces rituels pénibles et chronophages ne m’a jamais traversé l’esprit», écrit à ce sujet l’activiste et autrice lesbienne Élie Chevillet dans Jeanne.
 
Alignant leurs goûts et leurs imaginaires sur ceux d’une société cishétéronomée qui valorise le respect d’un dimorphisme sexuel appuyé et artificiel – les hommes sont poilus, les femmes glabres – iels ont souvent cédé à l’injonction à l’épilation, parfois définitive. «Quand j’ai opté pour l’épilation au laser il y a quelques années (non, ce n’est pas permanent et oui, c’est douloureux), j’avais une explication. Je n’étais pas inconsciemment lobotomisée par les hommes et la publicité, ça non. Je trouvais les poils vraiment moches. J’étais donc convaincue que je choisissais librement de m’allonger nue devant une femme qui m’envoyait des décharges électriques sur la vulve. Attention spoiler: ça n’avait rien d’un choix libre», se souvient Élie Chevillet, qui poursuit: «Ce n’était pas agréable de constater ma lesbophobie intériorisée, particulièrement en tant que lesbienne. Ce n’était pas agréable de réaliser que j’étais pétrie de biais sexistes, racistes et grossophobes. Et ce n’était certainement pas agréable d’admettre que le choix de l’épilation “permanente” faisait de moi un parfait produit de la société mainstream.»
 

Poils réhabilités et assumés

Mais, d’amours saphiques en questionnements sur les standards esthétiques et performatifs du genre en passant par une socialisation alternative au sein des communautés lesbiennes et queer, iels ont presque naturellement fait la paix avec leurs poils et ceux de leurs partenaires. «Le changement s’est opéré de manière assez progressive. Je connaissais la douleur de l’épilation. J’ai donc eu un rapport bienveillant à la pilosité de mes copines successives. Les poils de ma copine repoussaient? Pas un problème. Je n’allais pas lui jeter la pierre. À la réflexion, je trouvais même ces petits crins qui pointaient le bout de leur nez assez mignons. Ça ne gênait en rien la séduction. (…) Au fur et à mesure, j’ai fini par intégrer que cette bienveillance était tout à fait partagée et que ce n’était pas vraiment un problème si mon épilation à moi n’était pas non plus nickel chrome», écrit Marie Kirschen dans Buzzfeed. Une réhabilitation qui semble autrement plus simple et moins revendicative et politique que chez les féministes cishet qui éprouvent davantage de mal à s’affranchir du male gaze.
 
«Le fait de garder ses poils est quelque chose qui s’est démocratisé dans la communauté saphique» explique Léontin Lacombe, co-créateurice de Sapphosutra, scénariste et militant·e non binaire pour les causes LGBTQI+ et co-auteurice du Kamasutra Queer. «Ce n’est plus vraiment quelque chose de politique, ce n’est pas fait pour montrer ou prouver quelque chose.»

Dès lors, les goûts se refaçonnent et le poils s’intègrent dans les canons de beautés queer avec parfois des jeux sur les codes du genre et de ses expressions avec des personnes queer fem qui laissent deviner, à l’instar de la chanteuse Angèle, des aisselles buissonnantes et des personnes androgynes ou masculines épilées.
 

Poils sauvages et désirables

C’est davantage pour montrer la réalité et la diversité des corps et des amours saphiques souvent invisibles que Lou Dvina, illustratrice du Kamasutra Queer a fait le choix de dessiner des personnages qui gardent leurs poils. C’est aussi une manière de dire le potentiel séducteur et érotique du poil. D’abord parce que le poil assumé dit des choses sur la personne qui l’arbore. Alice, pansexuelle, explique: «Les aisselles non épilées chez les femmes, cela donne un air sauvage qui me plait. Je trouve que mes partenaires sont plus désirables quand elles ne sont pas épilées». De son côté, Gwen, militante trans* et lesbienne, témoigne: «Ce n’est pas que les poils soient un objet de désir en soi, mais plutôt pour ce qu’ils dénotent. Je trouve plus sécurisant d’être avec des femmes qui ne s’épilent pas. À mon sens, cela montre une forme de distance par rapport à certaines normes de genre. C’est rassurant et cela me met en confiance.» Héloïse, lesbienne cisgenre, abonde: «Je trouve les poils de ma partenaire attirants. Mais ce qui est véritablement sexy, c’est qu’elle se sente à l’aise avec son corps et que cela transparaisse dans son attitude.»
 
Parmi les personnes que nous avons interrogées, il n’y a ainsi ni injonction à l’épilation ni au poil dru. Le seul vrai interdit semble être l’épilation intégrale du maillot. «Si les poils du maillot un peu taillés peuvent favoriser certaines pratiques, le pubis glabre me dérange: l’idée d’avoir une vulve de gamine en face de moi me glace», confie Gwen, qui rappelle que le poil est aussi le marqueur de la maturité sexuelle. De plus, dans le jeu de séduction érotique, le poil, c’est aussi ce qui cache et crée le mystère dont se nourrissent les fantasmes.   
 

Des poils et du plaisir

Et si l’épilation, notamment du maillot, est supposée améliorer les sensations, les poils participent aussi des émotions charnelles et du plaisir sexuel. Dans leur livre Parlons Poils, les journalistes Juliette Lenrouilly et Léa Taieb signalent par exemple que l’épilation peut parfois nuire à la jouissance: «L’épilation du sexe au laser peut être responsable d’une atteinte des glandes de Bartholin qui sont en partie responsables de la lubrification. En gros, s’épiler, c’est risquer de ne pas mouiller.» Léontin Lacombe évoque quant à ellui les sensations tactiles, les «petits frissons que suscite la caresse des poils». Ce sont les désirables frémissements que l’on sent chez l’autre lorsque l’on effleure son intimité et l’excitation montante que l’on éprouve lorsque l’on est soi-même caressé·e·x.
 
Sexy, les poils? Assurément, et producteurs d’émotions et de sensations dans un rapport à la sexualité libre et mature.