Tendances Activisme

Lutter pour toutes les femmes

11 nov. 2020

Geneva Pride 2019: Marche des Fiertés. Photo: Laurent Guiraud

Double invisibilisation, «mixité choisie» ou accueil des personnes trans*: le mouvement féministe et lesbien est confronté à de nombreux défis. Tour d’horizon avec trois militantes genevoises.

Même si elles n’ont pas eu lieu comme prévu en avril dernier, les marches de la visibilité lesbienne ont gagné en force ces dernières années. Les femmes qui aiment les femmes reprennent la parole, redescendent dans la rue et revendiquent leur histoire pour elles-mêmes. À commencer par celle de Stonewall, émeute fondatrice des droits LGBTIQ+ à New York, le 28 juin 1969. «Elle a été principalement portée par des femmes comme Stormé DeLarverie. Ce soir-là, Stormé a été prise pour un homme par la police et ils ont voulu l’arrêter. Elle a refusé et le tout a fini en bagarre», rappellent Yolanda Martinez et Christiane Parth, respectivement présidente et coordinatrice de Lestime.

Pour elles, il est bon que l’on associe à Stonewall les personnalités transgenres que sont Sylvia Rivera et Marsha P. Johnson, une reconnaissance récente. Mais ce sont surtout les hommes cis gay qui ont récupéré cet héritage. «Ils ont simplement pris une place qui leur était déjà attribuée. Les femmes ont moins d’expérience à occuper l’espace public et à prendre la parole. C’est toujours les mêmes rengaines qui reviennent et c’est difficile à avaler.»

Nouvelle génération

En Suisse et dans le monde, le mouvement lesbien continue de subir une double invisibilisation: en tant que femmes et en tant que lesbiennes. «Si les lesbiennes ont beaucoup soutenu les combats féministes dès mai 68, les femmes hétéro ne les ont pas souvent soutenues en retour. Il y a toujours eu ce clivage, mais aujourd’hui on le sent moins. La nouvelle génération est naturellement féministe, autant les femmes que les hommes, et ça donne beaucoup d’espoir pour la suite», estiment Yolanda et Christiane. Elles prennent pour exemple la mobilisation autour du «T-shirt de la honte» qui a fait parler de lui récemment dans certains établissements scolaires romands: «Ces jeunes femmes veulent revendiquer une liberté vestimentaire alors que le patriarcat, retranché dans ses derniers bastions, veut garder l’emprise dessus. Nous sommes très fières de voir la résistance de ces élèves.»

«Les femmes ont moins d’expérience à occuper l’espace public et à prendre la parole. C’est toujours les mêmes rengaines difficiles à avaler.» Yolanda et Christiane

Parmi les sujets qui suscitent la polémique, la «mixité choisie». Lestime, comme d’autres associations, l’utilise de longue date comme un outil d’empowerment. Se passer de la présence d’un groupe dominant – les hommes cisgenres dans ce cas-là – permet de mieux discuter et de créer une culture commune en dehors du cadre sociétal. «On reçoit souvent des appels d’hommes cis qui se plaignent de ne pas pouvoir venir à certains événements», racontent Yolanda et Christiane. «Ils se sentent complètement démunis et il faut qu’on justifie le fait qu’on souhaite passer des soirées sans hommes cis, alors qu’on a juste envie d’être entre nous.»

Les TERF en embuscade

Dans les pays anglo-saxons, mais aussi en France, le mouvement féministe et lesbien est secoué par la question de l’accueil des femmes trans*, illustrée avec fracas par les prises de positions de l’auteure J.K. Rowling. Ce courant est désigné par l’acronyme TERF, pour «féminisme radical excluant les trans*», apparu pour la première fois aux États-Unis en 2008. «C’est un courant essentialiste et biologiste qui part du principe que toutes les femmes doivent avoir une vulve et des règles. Les femmes trans* ne sont donc pas des femmes à leurs yeux, mais des mâles déguisés», explique Alexandra, du groupe Trans* de l’association 360. «Les TERF craignent que les personnes trans* essayent de s’infiltrer dans les mouvements féministes pour renforcer le patriarcat, comme une sorte de cheval de Troie», ajoute-elle.

Amalgames

Alexandra voit dans cette exclusion «la peur de l’infiltration et l’incompréhension des vécus trans*», un rejet différent de la discrimination historique endurée par les personnes trans* de la part de «certains mouvements LGB qui croient que les femmes trans* peuvent nuire à leur image.» Pour comprendre ces raisons, il faut analyser l’histoire du mouvement LGBTIQ+ en passant par les événements marquants de 1969 à New York ; la situation historique des personnes trans* et l’image sociale qui leur a été imposée. En effet, comme le mentionne Karine Espineira dans son article intitulé «La sexualité des sujets transgenres et transexuels saisie par les médias», les personnes trans* ont très vite été assimilées à la prostitution. «La femme transgenre est sursexualisée par association aux représentations de la pornographie et assimilée à la prostitution», remarque-t-elle. Véhiculée par les médias, cette assimilation a causé du tort à toute la communauté trans* jusqu’au sein du mouvement LGBTIQ+.

À Lestime, Yolanda et Christiane admettent qu’il peut exister des tensions. «Il y a des personnes dans notre communauté qui sont moins tolérantes concernant les femmes trans* mais, assurent-elles, le but de Lestime c’est de représenter toutes les femmes et de défendre leurs droits.»

Les personnes trans* amènent un autre regard, précieux, à la cause féministe, souligne Alexandra. «Une scission entre ces deux mouvements est contre-productive, ces luttes sont étroitement liées. Les transféministes s’alignent avec les idées de la troisième vague du féminisme qui intègre d’autres enjeux parfois en rupture avec la génération précédente. Il est important que ces mouvements restes soudés, notre but commun est le même: l’égalité et la reconnaissance de nos droits.»

En savoir plus sur lestime.ch et association360.ch

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