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La solitude du gay sur les terrains de Bundesliga

Un jeune journaliste aurait recueilli les confidences d’un footballeur professionnel gay en Allemagne. S’exprimant sous couvert d’anonymat, le joueur mystère dit vouloir provoquer un déclic – sans trop y croire.

C’est un petit scoop que semble avoir décroché un jeune journaliste indépendant basé en Suisse et en Allemagne. Sur le site Fluter.de du magazine de la Centrale fédérale pour l’éducation civique, Adrian Bechtold publie la première interview d’un joueur de foot professionnel gay. L’entretien a été réalisé dans le plus grand secret. Le joueur, anonyme, évolue dans un des 18 clubs de Bundesliga (1re division) et semble en fin de carrière. On n’en saura guère plus, sinon via un post-scriptum de l’éditeur, qui assure que l’interview n’est pas fictive, en dépit de son titre ambigu: «Un homme qui n’existe pas».

Bechtold raconte que la rencontre a démarré dans un climat tendu. Son interlocuteur, nerveux, semblait tenté de quitter la pièce d’un instant à l’autre. Sa peur principale n’est pas la réaction de ses coéquipiers (au courant, et largement indifférents à son homosexualité), mais un emballement des médias. S’il faisait son coming-out, explique-t-il, «tout le monde voudrait savoir ce que je fais au lit. Si le footballer super-mâle est actif ou passif, etc. Ma passion, le football, deviendrait hors-sujet». Dans ce domaine, ajoute-t-il, «la normalité n’existe pas». Quant aux supporters, il est fataliste: le comportement de la foules est basique – mais les fans sont aussi un «moteur essentiel» qui lui donne de l’énergie sur le terrain.

«Pur poison»
Garder sa vie dans l’ombre signifie aussi renoncer à une relation. «Tu peux imaginer qu’un mois de cache-cache est du pur poison dans une relation», glisse le joueur avec une certaine amertume. Il avoue avoir des amies qui acceptent de jouer le rôle de «femme de footballeur» pour certaines occasions. Et il connaît d’autres footballeurs gay qui vivent la même situation de célibat forcé.

Le joueur mystère souligne encore que l’appel au coming-out lancé en janvier dernier par le patron du foot pro allemand, Theo Zwanziger, n’a guère ébranlé sa décision de rester dans le placard. «C’était bien dit, à condition que le lendemain, tu ne doives pas aller au stade. Ça serait peut être à envisager si plusieurs joueurs faisaient leur coming-out ensemble, mais il y a peu d’espoir. Et en fin de compte, on serait toujours une minorité, des cibles de plaisanteries faciles.» Pourquoi répondre à une interview, alors? «Pour faire le premier pas» répond-il, et comme un défi personnel. «Peut-être qu’on se reparlera dans un an et tu mettras mon nom sur l’article.»

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13 sept. 2012   Thèmes: Étiquettes : , , ,

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