Cassandro, aligne presque 25 ans de carrière et de nombreux titres.

«Les femmes me crient de venir embrasser leur mari»

Véritable mythe vivant dans son pays, Cassandro est le premier catcheur ouvertement gay du Mexique. Ce lutteur travesti au glamour revendiqué se confie, au moment de dire adieu au ring.

Dans le monde du catch mexicain, on les appelle les «exóticos», des inclassables du ring: le plus souvent, ce sont des lutteurs travestis aux cheveux longs, au maquillage outrancier et aux costumes flamboyants. L’un d’eux a acquis le rang de véritable star: Saul Armendariz, alias Cassandro, a fait ses premiers pas sur le ring à 17 ans. Il en a maintenant 41. Celui que l’on surnomme «la reine du ring» ou la «diva de Juárez», la ville où il a fait ses débuts, s’enorgueillit d’avoir donné une nouvelle touche, plus glamour, à la catégorie.

Batailles d’egos
De fait, Cassandro sort du lot par sa féminité exacerbée et ses tenues élaborées qu’il se targue de dessiner lui-même. Il ne les porte jamais plus d’une fois. «Je les offre à mes fans», explique-t-il au journal texan «El Paso Times», qui lui consacre un portrait. Mais ce qui lui vaut surtout sa célébrité, c’est sa puissance sur le ring. Il a été le premier exótico à remporter l’un des principaux titres de lucha libre, dans les années 1990. Autre particularité de Cassandro: il n’a jamais caché son homosexualité, jusque là un tabou même dans le milieu des exóticos. Ce qui lui a valu de fortes résistances dans le métier et auprès des sponsors et chaînes de télé. «J’ai dû travailler dix fois plus pour leur montrer qui j’étais sur le ring. La lutte a beau être chorégraphiée, il y a beaucoup d’ego et de jalousies en jeu», reconnaît-il.

L’homophobie, Cassandro connaît. Mais il relativise. «Bien sûr, on m’a jeté des boissons à la figure, on a menacé de me descendre, mais cela arrive à tous les luchadores, qu’ils soient gay ou non, soupire-t-il. C’est le show qui veut ça: vous êtes là pour être adoré ou haï.» D’un autre côté, il est très fier d’avoir autant de fans féminins et masculins, de tous les âges. «Les femmes me hurlent de venir embrasser leur mari, ce que je fait. Cela fait partie de la folie du show.»

Reconversion
En un quart de siècle sur le ring, Cassandro n’a reculé devant aucune audace, comme le combat mémorable où il a sauté sur un rival depuis le deuxième balcon des tribunes. De telles manœuvres spectaculaires l’ont mené à la gloire, mais aussi, fréquemment, à l’hôpital. Et une récente blessure au genou devrait sonner pour lui l’heure de la retraite. Pragmatique, il a pris soin de suivre des études de chiropracteur. Faisant référence au film «The Wrestler», il ajoute: «Je ne voudrais pas être un de ces mecs qui continuent jusqu’à ce qu’ils soient cassés, sont incapables de vivre ailleurs que sous les projecteurs.»

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