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Catherine d’Oex: «Voyager à l’intérieur de soi»

Catherine d’Oex: «Voyager à l’intérieur de soi»
Catherine d'Oex. Photo: Nouchine Diba

Icône absolue de la scène LGBTIQ+ romande, Catherine d’Oex nous parle sans retenue de son parcours et de son art. Portrait

Dimanche de janvier à Lausanne. Le Café Saint Pierre, lieu bien connu des habitant·e·x·s de la ville pentue du bord du Léman, est plein à craquer. Il est 14 heures, les assiettes du brunch sont vides, les client·e·x·s repu·e·x·s. Pascal Morier-Genoud, alias Catherine d’Oex nous attend en sirotant un cappuccino. 

Pascal a donné naissance à Catherine d’Oex, son alter ego travesti, en août 2004, à l’occasion d’un des premiers pacs neuchâtelois. Après cette apparition matrimoniale inaugurale, Catherine reprend du service pour la communauté homosexuelle, en faisant de la prévention contre le VIH. Nous sommes en 2005 et les contaminations augmentent. Il faut donc trouver un moyen de sensibiliser aux risques liés au virus, surtout dans les lieux de rencontres sexuelles, sans être moralisateur. «Le sexe était devenu la mort, puis il y a eu un moment de relâchement avec l’arrivée des trithérapies», rappelle Catherine. Son personnage chic, plantureux, avec colliers de perles et perruque blonde rencontre un succès immédiat dans cette période singulière de l’épidémie. Elle souligne: «Il s’agissait de faire des ponts entre les gens qui avaient connu une période de militantisme liée au VIH et à son issue fatale, et les personnes qui disaient “Vous êtes gentils, mais maintenant on a les thérapies, donc laissez-nous tranquilles”.» 

«Ne soyez pas sages, mais soyez prudents!»
La dimension rassurante, quasi maternelle de Catherine fait mouche et elle touche un public de HSH (hommes qui ont du sexe avec des hommes, sans nécessairement se considérer comme gais) pourtant difficile d’accès: «Dans les saunas, il y a des confidences qui se sont faites, notamment car j’aurais pu être leur femme.» En effet, Madame d’Oex met à l’aise, et les langues se délient en sa présence: «Mon personnage est confessionnal, même les gens qui me connaissent et savent qui est derrière Catherine me racontent des choses quand je suis travestie qu’ils ne me raconteraient pas le lendemain au café. C’est une richesse absolue.» 

Celle qui aime se décrire comme une «travelo» sociale propose aussi des slogans, à une époque où la prévention est axée sur le «tout-capote». Ainsi, son «Ne soyez pas sages, mais soyez prudents!», moins moralisateur que le discours promulgué alors, est repris dans le milieu de la prévention et de la réduction des risques.

«Mettre du dialogue»
À l’opposé d’un drag intouchable, art peuplé de créatures célestes mais parfois inapprochables, Pascal Morier-Genoud instille avec une grande délicatesse ses deux formations de comédien et d’éducateur dans son art. «L’idée c’est de mettre du dialogue, c’est ma seule ambition», souligne l’artiste. Cette philosophie, Catherine la tient notamment du dramaturge brésilien Augusto Boal et de son théâtre de l’opprimé: «Son mot favori c’est “dialogue”, il dit qu’il faut remettre du dialogue entre les religions, entre les hommes et les femmes, et surtout à l’intérieur de soi-même. Et c’est ce que j’aime faire. Finalement, ça ne change pas grand chose que je fasse de la prévention contre le VIH, que j’anime un spectacle ou que je fasse des ateliers en tant que Pascal. Tout ça, c’est le même job.»

Alors qu’il passe de manière fluide de Catherine à Pascal, l’artiste confie que la dualité n’existe plus: «Dans ce duo, tous les deux sont moi!» La chose qu’il n’est pas, en revanche, c’est une copie de Catherine Deneuve, même si son nom et son style semblent rendre hommage à l’actrice que Pascal admire beaucoup: «C’est une femme que je trouve surprenante, libre, très libre. Elle a inventé un style, à la fois provocant et pudique.»

Catherine d'Oex. Photo: : Nouchine Diba
Catherine d’Oex. Photo: Nouchine Diba

Sur l’expérience du travestissement, celle qui a elle aussi inventé son propre style en empruntant au féminin ses attributs est magnanime: «Je conseille à toutes et tous d’expérimenter une fois dans sa vie les artifices dédiés à l’autre genre. Pour moi, c’est comme voyager, explorer d’autres cultures, mais à l’intérieur de soi-même. Ce soir par exemple, j’accompagne une amie qui va faire pour la première fois un numéro de drag king, à 62 ans!» 

«Sérieusement… sans se prendre au sérieux»
En effet, le soir de notre rencontre, Catherine anime la 19e Scène du Dimanche au Café Saint Pierre. Alors que d’habitude l’affiche se partage entre artistes confirmé·e·x·s, le format de cette édition est un peu particulier, puisqu’il est inspiré de La France a un incroyable talent. Six candidat·e·x·s vont se succéder devant une salle comble, et le ou la gagnante remportera sa place pour la vingtième édition du souper-spectacle. Les loges grouillent de talents, entre effeuilleuses et drag queens qui viennent tenter leur chance. En bonne maîtresse de cérémonie, Catherine donne le ton: «Ici, on fait les choses sérieusement, sans se prendre au sérieux!» lâche-t-elle en riant. Et c’est cette philosophie qu’elle partage avec générosité autour d’elle.

Alors qu’elle s’apprête à monter sur scène, aucun stress n’est visible sur son visage, même si elle confie toujours ressentir un peu de trac avant ses spectacles. Vêtue d’une robe blanche et de talons psychédéliques, une tenue «inspirée par les présentatrices de la Rai», Catherine chapeaute la soirée avec une aisance folle et un humour décapant. Pour départager les concurrent·e·x·s, Nénette, patronne des lieux et présidente du jury est épaulée par Lily Taxiss, drag lausannoise pensionnaire de Chez maman, à Bruxelles, et par Diane Tell (la vraie!), qui reprend en duo avec Catherine son tube Si j’étais un homme. Rythmée par les apparitions lunaire de Ludwika de Mittelsbach, la soirée récompensera Sydonie Grey, performeuse burlesque, et Crystal Von der Roederer. On pourra donc retrouver cette dernière lors de la prochaine édition du spectacle cabaret au Saint Pierre. L’occasion, pour celleux qui ne l’auraient jamais vue sur scène, de découvrir en live les talents de l’incontournable Catherine d’Oex!