Suisse

Travesti, un métier social

Tandis que pâlit l’étoile des drag queens sur la scène gay, les travestis font un retour gagnant, investis d’une nouvelle mission : la prévention. Comme ses consœurs Dame Pipi ou Hildegarde, la talentueuse Catherine d’Oex renoue avec l’humour et la proximité des travestis d’autrefois.

Pas de maquillage outrancier ni de paillettes, mais un look de bourgeoise excentrique légèrement sur le retour. «Glamour et maternelle à la fois», résume Pascal Morier-Genoud de son personnage. Educateur et comédien vaudois, il avoue qu’au-delà de la fantaisie, les liens entre Pascal et Catherine sont intimes: «Catherine n’a rien de surexposé, c’est juste un Pascal au féminin.»
Après des débuts en chanson aux côtés de sa «sœur» Françoise, Catherine est contactée par un organisme de prévention de l’alcoolisme pour animer une remise de diplôme à de jeunes apprentis du bâtiment. Elle débarque devant les familles, interrompant le discours du directeur, en scandant «Non à la guerre, oui à l’amour!». «Ça a tout de suite croché, se rappelle Pascal. Les gens se sont mis à reprendre en chœur mes slogans absurdes.» Quelques temps après, elle est engagée pour des mandats d’information et de prévention. La voilà en disco, aux grandes fêtes, mais aussi en peignoir dans les saunas, voire… à tirer les cartes en pleine nuit à la Perle du Lac, principal lieu de drague homo à Genève.

Confessionnal d’amour
Pascal s’étonne toujours de voir comment le travestissement fait tomber les barrières : «Les gens ne cherchent pas du tout à savoir qui je suis. C’est comme la robe du curé, tu ne sais pas ce qu’il y a dessous et tu ne veux pas le savoir, mais ça te permet de parler plus librement. C’est comme dans un confessionnal: à travers le grillage, il y a juste un regard.» Mais avec Catherine, on ne va pas à confesse, on parle juste… d’amour. «C’est tout ce qui l’intéresse, confirme Pascal. ‘Est-ce que vous êtes heureux, est-ce que vous vous sentez aimé?’ Ensuite, on parlera sexe, sida, fidélité, alcool ou drogue… Mais c’est une entrée en matière qui marche toujours… et très rapidement, on se retrouve dans un débat où tu es les yeux dans les yeux et où le costume n’est plus important»

Intemporelle
Et ça marche : les gens approchent, questionnent, se livrent… surtout les plus jeunes: «J’ai l’impression que dans leur tête, il y a ce raisonnement que si je suis travesti, c’est qu’il y a longtemps que je suis dans le milieu gay. Le fait d’être une créature intemporelle, c’est peut-être sécurisant pour eux. Et plus je suis glamour, plus les jeunes viennent.» A cet égard, Pascal se définit comme à l’opposé des drag queens: «Tu ne peux ni leur parler, ni les toucher … Pour moi, plus elles sont haut perchées sur leurs talons, moins il y a de chance que les gens les regardent comme autre chose qu’un spectacle.» Alors comment se définir? «Une amie actrice m’a dit un jour, En fait, tu es un travelo social! …Pourquoi pas, j’aime bien cette idée.»

Retrouvez Catherine et sa sœur Françoise D’Oex sur www.catherineetfrancoise.ch
Voir aussi www.dialogai.org et www.damepipi.ch

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26 avril 2007   Thèmes: Étiquettes :

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