Suisse Berne

Mariage pour tous: on n’a pas fini de poireauter

3 juin 2020

Kathrin Bertschy (VL/BE), auteure de l'initiative «Mariage civil pour tous».

Le vote au Conseil national de la loi attendue par les Suisses depuis six ans et demi a été reporté pour cause de… pause-déjeuner.

On la sentait un peu amère, Kathrin Bertschy. Auteure de l’initiative «Mariage civil pour tous» déposée fin 2013, elle a rappelé à la tribune du Conseil national que «les droits fondamentaux à la famille et au mariage ne sont pas respectés en Suisse: il s’agit de le corriger, et cela aurait dû être fait il y a longtemps.» Ces six ans et demi d’atermoiements avant de rentrer dans le vif du sujet laissent l’élue vert’libérale bernoise «songeuse». Hélas, l’ordre du jour de ce mercredi semblait renforcer ce sentiment. Coincé en fin de matinée, entre des discussions sur le Brexit et d’autres sur le budget, le débat sur le mariage égalitaire aura duré à peine une heure avant d’être suspendu pour la pause de midi. Le vote devrait être renvoyé à une autre séance* de la session actuelle, qui se termine le 19 juin.

«Tout est bien qui finit bien» avait pourtant lancé son collègue Beat Flach, un peu trop optimiste, en ouvrant les délibérations. Les orateurs se sont ensuite succédé, avec en hors-d’oeuvre les UDC, qui ont recommandé la non-entrée en matière. Comme d’habitude, Yves Nidegger a fait son show, dissertant sur les racines latines du mot «mariage» et dénonçant, code civil en main, une initiative portant atteinte selon lui aux principes fondamentaux de la filiation. Au détour d’une phrase, le Genevois n’a pas manqué d’évoquer la gestation pour autrui – totalement hors-sujet – tandis que sa collègue thurgovienne Verena Herzog brandissait le spectre des usines à bébés.

Soif d’égalité
Or, c’est la question bien distincte du don de sperme et celle de la reconnaissance de la filiation à la naissance qui sont au cœur des débats. Ces deux points font l’objet d’une variante minoritaire de la future loi, soutenue par les associations LGBTQ+. Fait encourageant: elle a été défendue avec conviction par la plupart des représentants des groupes parlementaires, de gauche comme de droite. «Notre population a soif d’égalité, a rappelé le Vert genevois Nicolas Walder. Elle comprend les enjeux et peut faire preuve de la même ouverture d’esprit que les Irlandais·e·s, les Portugais·e·s, les Espagnol·e·s ou encore les Britanniques.»

L’intervenant du Parti libéral-radical, le Bâlois Christoph Eymann, n’était pas en reste. Pour lui, il est impensable de réserver la PMA aux couples hétérosexuels. «Il ne faut pas cautionner cette inégalité plus longtemps. Ceux qui ne partagent pas cette vision de la société pourront toujours lancer un référendum. On saura enfin ce que le peuple en pense.» Mais manifestement, on n’en est pas encore là…

* Mise à jour 4.6.2020: La suite du débat sur l’initiative «Mariage civil pour tous» a été agendée. Le Conseil national poursuivra ses délibérations et votera le jeudi 11 juin… cette fois en ouverture de séance, dès 8h.

À lire également