Homos «abuseurs de gosses»: malaise dans l'UDC

Le groupe gay du parti a répondu à l’amalgame homosexualité-pédophilie commis par un délégué lucernois en suggérant que ce dernier était lui-même un homosexuel refoulé. Pendant ce temps, la direction de l’UDC trahit un certain embarras.

«Inhabituel pour un parti aussi prompt à la communication». C’est ainsi que les quotidiens bernois «Der Bund» et zurichois «Tages Anzeiger» qualifient le silence au sein de l’UDC qui entoure la publication, par un responsable lucernois du parti, d’une tribune homophobe dans le «SVP Kurier» un journal partisan local. Sous le titre «Le début de la fin», Emil Grabherr, un enseignant de 63 ans, s’emportait contre l’éducation à la diversité sexuelle à l’école. Il y suggérait que les homosexuels non établis en couple avaient tendance à devenir des «putes mâles» ou des «abuseurs de gosses». Cet amalgame grossier a fait les gros titres de la presse, et semble avoir suscité un certain malaise dans les rangs du parti national, qui s’est abstenu de tout commentaire.

Seuls les Gays dans l’UDC, le groupe créé l’an dernier pour donner une voix aux gays et lesbiennes militant au sein de la formation populiste, sont sortis du bois. Le nouveau conseiller national Thomas Fuchs, plutôt réservé jusque là, a jugé «absurde et risible» les déclarations d’Emil Grabherr: «Il ne serait pas pris au sérieux s’il ne recourait pas aux préjugés homophobes», a estimé le Bernois.

Symptôme de refoulement
Le groupe réclame néanmoins des excuses de la part de l’auteur pour des «déclarations absolument indéfendables et blessantes», ainsi que la condamnation de ces propos par la direction du parti. «Répondre à cet article par le silence mettrait l’UDC en marge, ce qui pourrait bien signifier le début de la fin pour sa vague de succès sans précédent», écrit le président des Gays dans l’UDC dans un communiqué. Beat Feurer se risque, par ailleurs, à une interprétation. L’expression d’une telle homophobie ne peut-être, selon lui, que le symptôme d’«un rapport perturbé à sa propre sexualité (et peut-être même à sa propre homosexualité)», écrit-il, citant une étude américaine de 1996 qui avait testé positivement la réactivité de personnes ouvertement homophobes à des stimuli visuels homoérotiques. Homo refoulé: une catégorie supplémentaire qu’Emil Grabherr n’avait pas pensé à inclure dans sa typologie.

A Lucerne, on continue de faire bloc autour de Grabherr. Ses propos ont été jugés «en aucun cas discriminatoire» par l’un des responsables du «SVP Kurier» et par le chef de la section cantonale.

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