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Les deux visages du troisième sexe

Dans « Claudette », la réalisatrice Sylvie Cachin brosse le portrait d’une hermaphrodite prostituée et père de famille. Un film sensible et nécessaire, entre destinée multiple et plaidoyer social.

Ses parents la nomment Claude. Pour lui laisser le choix, puisque Claude, en venant au monde, est fille et garçon à la fois. Plus tard, elle deviendra Claudette, travailleuse du sexe, artisane de l’amour, père de famille et passionnée de cyclisme. De l’Afrique du Nord aux nuits des Pâquis, du cloisonnement identitaire à l’épanouissement, la caméra de Sylvie Cachin a capté ce témoignage hors norme, et façonné un premier long-métrage remarqué. Après avoir reçu le prix du meilleur film au Berlin Pornfilmfestival et le prix Ida Feldman du Mixbrazil, « Claudette » sort dans les salles romandes (au Spoutnik de Genève et au Zinema de Lausanne).

Au commencement, il y a eu ce regard, échangé dans un bar des Pâquis à Genève. C’était à la fin des années 90, et Sylvie Cachin se souvient : « J’ai tout de suite été séduite par la lumière qui brillait dans ses yeux ». Dans les yeux de Claudette, il y a l’écume enivrante d’une vie en kaléidoscope, sertie par toutes les facettes d’une existence multiple, contradictoire, humaine par essence. « J’avais envie de m’intéresser à l’identité de genre, au conditionnement social, à la catégorisation homme-femme, explique la réalisatrice. Claudette m’a permis de mettre ces thématiques en relief. » Mais Sylvie Cachin va prendre le temps de se sentir mûre : le tournage, réparti entre Genève et la Camargue, démarre en 2005 seulement. Derrière la pellicule, une longue amitié est déjà soudée.

« Je ne croyais pas tellement à ce film, confie Claudette. Sylvie m’y a amenée petit à petit. » Durant deux années, le quotidien de la rayonnante sexagénaire a été consigné sur pellicule, depuis ses luttes pour la reconnaissance des prostitué(e)s jusqu’aux courses de vélo auxquelles elle aime participer. Mais surtout, Claudette se confie. Elle livre ses souvenirs d’enfance dans une famille aimante et tolérante au Maroc. Et puis ce coup de foudre, à l’âge de14 ans, pour une femme un peu plus âgée, qui va l’initier au monde de la prostitution, devenir son amante, et sa maquerelle. Alors quand la famille décide de rentrer en Suisse, la déchirure laisse des traces, et des souvenirs brûlants comme le soleil de Tanger. « Je ne fais pas ce métier parce que je suis hermaphrodite. Le point de départ, c’est l’amour, l’amour de ce que l’on n’est pas, confie Claudette. Et puis c’est une activité dans laquelle je peux me sentir femme à cent pour cent. »

Claudette ne rejette pas pour autant sa part de masculinité. « C’est Sylvie et son film qui m’ont permis de vivre mon hermaphrodisme ouvertement, hors du monde de la prostitution. » Aujourd’hui, elle milite pour l’acceptation des personnes intersexes, et dénonce les interventions chirurgicales pratiquées sur les très jeunes enfants, dans le but de les catégoriser définitivement dans un genre ou dans l’autre. « Mon corps et mon esprit m’appartiennent. Personne ne peut prendre ce genre de décision pour un nouveau-né de quinze jours à peine, ni un médecin, ni un curé. Pour ma part, si j’avais été un garçon, je ne serai tout simplement plus là pour en parler, et si j’avais été une fille, je n’aurais pas rencontré ma femme. »

Car oui, Claudette a épousé Andrée. Ils se sont mariés « en blanc », en toute conscience de la nature et des désirs de chacun ; deux enfants sont nés de leur union. Une situation familiale à la fois simple et déroutante, qui tranche avec les idées reçues sur le milieu de la prostitution. « En montrant différentes facettes de Claudette, j’ai voulu désamorcer cette posture moraliste qui dit qu’une nature non conforme est forcément déviante ou sale » souligne Sylvie Cachin. Et c’est peut-être dans ce regard à la fois tendre et sans complaisance que réside la plus grande force du film. « Je ne voulais pas surplomber, ou analyser, poursuit-elle. Il fallait que Claudette puisse raconter sa vérité, sans que je vienne plaquer la mienne par-dessus. » Une façon de mettre en valeur l’irrésistible liberté que dégage ce parcours de vie. « A mes yeux, une transgenre ou une transsexuelle qui assume sa nature est en quelque sorte extravertie, bon gré mal gré… parce qu’elle révèle ostensiblement qu’elle est femme, elle vit une sorte de coming out permanent. A cet égard, elle me semble libre. Et c’est cette liberté que j’ai voulu rencontrer. »

Claudette, documentaire de Sylvie Cachin, au Zinema de Lausanne dès le 10 juin, et au Spoutnik de Genève dès le 18 juin.