Tendances ésotérique

Homocompatible, la Franc-Maçonnerie?

30 juin 2009

Avec 1500 adhérent(e)s, ont se dit que, forcément, la Franc-maçonnerie suisse doit compter quelques «Frères» qui aiment les hommes. Rencontre avec deux d’entre eux, entre fierté et discrétion.

Milieu secret, essentiellement masculin, qui transmet les conceptions philosophiques et morales des bâtisseurs de cathédrale, l’organisation de la Franc-maçonnerie garde encore et toujours son aura de mystère. Les homos ont-ils leur place en son sein ? Romain* a toujours voulu devenir franc-maçon. « Etant assez impliqué dans la communauté LGBT, j’ai soupé du discours très homocentré. J’avais besoin d’un lieu où mon discours allait être soumis à contradiction. » Mais pour ce militant gay, pas question de devoir cacher son identité. Il a donc été très clair sur le sexe de son partenaire lors de l’enquête qui précède tout recrutement en Franc-maçonnerie. Une franchise qui lui a valu d’être refusé par la première loge où il a postulé, mais qu’il ne regrette pas. « Pour moi ça aurait été un non-sens de mentir. L’essence même de la Franc-maçonnerie, c’est la liberté, la tolérance. Je suis sans doute bien mieux dans ma loge actuelle, qui m’a accueilli sans problème. »

Une question qui ne s’est pas posée pour Frank*. Ce fils et frère de franc-maçon n’était pas un homosexuel déclaré lors de son initiation. Les choses se sont révélées par la suite. « Ça n’a posé aucun problème. Le propre de la Franc-maçonnerie c’est d’accueillir tout le monde, quelle que soit ses origines, sa religion, ses idées politiques ou même ses préférences sexuelles. » Reste que les pratiques maçonniques, très ritualisées, ne semblent pas offrir un cadre très gay-friendly. « Nous avons un rituel qui, une fois par an, permet d’accueillir les épouses, explique Romain. Dans les textes, rien n’était prévu pour un conjoint homme. J’ai du faire adapter les règles pour pouvoir inclure mon copain à ce rite.»

En France, pourtant, la Franc-maçonnerie semble avoir été très active lors des débats qui ont accompagné l’adoption du PACS. Un lobbying qui n’a cependant pas eu lieu en Suisse pour le Partenariat. « Les débats politiques ou religieux n’ont pas leur place au sein de nos loges, précise Frank. L’échange doit rester serein et tolérant, loin du bruit et de la fureur du monde extérieur. Nous ne débattons jamais de questions en cours de votation. »

Les discussions sont pourtant en prise directe avec la vie civile, dans le but d’améliorer à la fois l’homme et la société. Spiritualité, symbolisme et justice sociale, parfois même sciences ou littérature, tout y passe. Alors pourquoi pas l’homosexualité? « Les membres sont souvent relativement âgés, explique Frank, c’est difficile pour eux d’aborder des sujets aussi tabous. Et puis il y a encore quelques obtus pour croire que parler d’homosexualité, accepter des gays au sein des loges va mettre en péril l’institution. La Franc-maçonnerie est à l’image de la société, il y a des gens plus ouverts que d’autres. »

Dans ce contexte, on peut comprendre la difficulté de faire son coming-out au sein d’une loge. En France, des maçons et maçonnes gais et lesbiennes se sont fédérés au sein des Enfants de Cambacérès, un groupement d’obédiences diverses qui se réunit régulièrement pour pouvoir discuter d’homosexualité et donner un point de vue homos aux grandes questions politiques et sociales. Un type de structure qui n’existe pas en Suisse et que Romain appelle de ses vœux. « J’aimerais que les homos se manifestent davantage dans nos loges. C’est le moment de dire qu’on existe et de réfléchir ensemble à comment faire évoluer les choses. Dans la société civile, on commence à parler adoption, homoparentalité. Ce serait intéressant d’avoir la réflexion des francs-maçons sur ces sujets. »

*Prénoms d’emprunt

Des hommes « libres et de bonnes mœurs »

Cette formule, qui dicte le choix des futurs francs-maçons, n’est pas de bon augure quand on enquête sur les gays en Franc-maçonnerie. Jacques Ney, grand maître du Grand Orient de Suisse se montre rassurant : « C’est une définition du XVIIIe siècle ! Depuis, la notion a évolué. » Pour ce sympathique sexagénaire qui aimerait bien que la Franc-maçonnerie soit plus visible, plus attractive pour la jeune génération, il n’y a aucun problème à accueillir des gays au sein des loges. « Je vais vous confier un secret : il y en a déjà ! » Même si, précise-t-il, chaque loge est souveraine, et que le conseil de l’ordre n’a pas son mot à dire dans le recrutement de leurs membres. Et quand on lui demande ce que gays et francs-maçons pourraient s’apporter les uns les autres, il garde une position accueillante, même si elle n’est pas tout à fait dénuée de clichés : « Eh bien je dirais qu’ils peuvent nous apporter un regard différent et nous, peut-être une certaine stabilité. »

2 comments

L’idée qu’homosexualité et franc-maçonnerie s’enrichissent mutuellement est belle et rassurante. Je pense sincèrement que la franc-maçonnerie peut donner une stabilité aux couples de même sexe. Je me demande toutefois s’il est possible (voire judicieux) que les deux partenaires appartiennent à la même loge et je serais curieuxy d’avoir une réponse à cette question. Sinon, article très intéressant.

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