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La mobilisation du web turc fait arrêter une brute homophobe

Turquie homophobie
Fırat K. avait déjà commis de nombreux délits et faits de violence, notamment sur une femme sourde.

Les images du tabassage d’un jeune sourd présenté comme «gay» ont déclenché une immense indignation dans le pays, en pleine dérive homophobe du pouvoir turc.

Un homme assis par terre, le visage ensanglanté, l’air hagard. Au-dessus de lui, son bourreau qui l’attrape par les cheveux. Cette mise en scène barbare accompagnée d’un texte nommant la victime et la décrivant comme une «saleté de gay pervers» a fait le tour des réseaux sociaux en Turquie, la semaine dernière. C’était l’agresseur lui-même, un certain Fırat K., qui l’avait postée sur son compte.

Le post de K. a enflammé les réseaux sociaux.

L’image est devenue virale, déclenchant un énorme tollé à travers le pays. Un appel pressant la police d’arrêter l’individu a été relayé des centaines de milliers de fois, y compris par des célébrités comme la chanteuse Gülben Ergen.

Pour de nombreux internautes, cette démonstration de brutalité homophobe arrive à un moment critique, en pleine mobilisation des femmes, des LGBTQ+ et des étudiants contre le pouvoir islamo-conservateur. En effet, deux jours plus tôt, le président Recep Tayyip Erdoğan avait annoncé que la Turquie se retirait de la Convention d’Istanbul sous prétexte que cet engagement international à lutter contre les violences sexistes avait été dévoyé dans le but de «normaliser l’homosexualité», contraire selon lui aux valeurs nationales.

Plusieurs politiciens ont renchéri sur les propos d’Erdoğan, en qualifiant par exemple les LGBTQ+ d’empoisonneurs. «Quiconque prend pour cible les LGBTIQ+ est complice de la violence et de la discrimination qu’elles et ils subissent du fait de leur identité de genre ou orientation sexuelle, a tweeté la plateforme Stop féminicides, citée par Hürriyet.

Multirécidiviste
Face à l’émotion déclenchée par les images du tabassage (et sans doute pour ne pas prêter le flanc à la critique), la police d’Izmit, près d’Istanbul, a rapidement annoncé qu’elle avait interpellé Fırat K., un délinquant connu pour une trentaine de délits et crimes.

Selon les médias locaux, qui ont largement relaté ce fait divers, l’homme exploitait un groupe de personnes sourdes, dont la victime, à qui il confiait des gadgets à vendre dans la rue. Les faits se seraient produits le 22 mars lors d’une soirée arrosée avec six autres personnes. Le récit des faits diverge: la victime a raconté avoir été tabassée après avoir réclamé sa part de la recette des ventes. K., lui, aurait prétendu avoir perdu ses nerfs quand il a été «harcelé sexuellement» par le jeune homme. Il a été inculpé de tentative de meurtre et de séquestration.

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