Monde Panama

Les trans font les frais du confinement genré

14 avril 2020

Barbara Delgado

Des pays d’Amérique latine ont décrété des jours de sortie différenciés selon le sexe, laissant les trans à la merci de l’arbitraire policier. Au Panama, une femme qui distribuait de la nourriture a ainsi été arrêtée.

Appliquée dans plusieurs pays d’Amérique latine, la répartition genrée des sorties comme stratégie de lutte contre le Covid-19 s’avère une idée non seulement saugrenue, mais à risques sociaux. Elle est vivement critiquée par des associations LGBTQ+ après que plusieurs cas de discriminations transphobes ont été rapportés.

Au Panama, Barbara Delgado l’a expérimenté à ses dépens. Elle a été embarquée par la police, détenue pendant trois heures et amendée de 50 dollars pour avoir outrepassé les mesures de quarantaine. Un comble pour cette femme trans qui travaillait comme volontaire à la distribution de nourriture mercredi, jour de sortie des femmes. Ses papiers ne correspondaient pas à son identité de genre, dans un pays qui impose la réassignation chirurgicale comme préalable à la modification du genre légal.

Cristian Gonzalez Cabrera, chercheur de Human Rights Watch sur les questions LGBTQ+, a rapporté trois autres cas de discriminations transphobes par des agents de police et de sécurité relatives aux nouvelles règles de confinement. Sauf que dans ces cas, «les personnes étaient sorties de chez elles le jour correspondant au genre indiqué sur leur carte d’identité». Elles se retrouvent selon lui dans une situation «discriminante quoi qu’elles fassent». Les organisations LGBTQ+ nationales ont appelé à une révision des mesures de réponse à la pandémie dans une perspective de diversité et de droits humains, avec des protocoles sensibles aux réalités des personnes transgenres.

C’est pas le Pérou…
Le gouvernement péruvien, critiqué pour des mesures similaires est déjà revenu sur ses décrets, et applique de nouvelles mesures officielles limitant les sorties à «une personne par famille du lundi au samedi» sans distinction de genre. En Colombie, d’après l’agence Reuters, les femmes peuvent désormais sortir afin de faire des courses de première nécessité les jours pairs, en alternance avec les hommes les jours impairs.

La mairie de Bogota a précisé que les personnes transgenres circuleront sous ces mêmes restrictions selon leur identité de genre, sans détailler toutefois la question de la conformité avec leurs papiers d’identité.

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