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Rosalie, femme à barbe aux allures d’icône queer

Rosalie, femme à barbe aux allures d’icône queer
Nadia Tereszkiewicz dans le rôle de Rosalie.

Dans son film Rosalie, Stéphanie Di Giusto brosse le portrait d’un personnage qui refuse d’être une bête de foire et revendique sa différence.

Née dans les Vosges en 1865, Clémentine Delait avait ouvert un café qui ne désemplissait pas, jouant de sa pilosité et posant en femme coquette ou en tenue masculine, un cigare à la bouche. Elle avait décliné la proposition de s’exhiber au cirque Barnum, avant de partir en tournée dans toute l’Europe à 63 ans, après la mort de son mari. Cette histoire vraie qui questionne la bien rigide binarité des expressions de genre a inspiré la réalisatrice Stéphanie di Giusto, à qui l’on doit notamment La danseuse. Son nouveau film Rosalie est une œuvre émouvante et sensible qui prône l’inclusion, la tolérance et la différence.

«Quand j’ai vu son visage en croisant son histoire, je l’ai trouvé gracieux», remarque Stéphanie Di Giusto à propos de Clémentine Delait. «Je me suis également documentée sur d’autres femmes hirsutes qui, aujourd’hui, veulent vivre au grand jour, comme elle. Cela dit, j’ai inventé le destin de Rosalie, un oiseau qu’on ne peut encager. Je ne voulais pas réaliser un biopic, mais explorer des sentiments à la fois violents et pudiques. il y a dans le couple qu’elle forme avec son mari quelque chose de fort qui transcende tout.»

Comment avez-vous déniché l’actrice qui jouerait Rosalie?
Stéphanie Di Giusto: J’ai eu du mal. Je n’avais pas d’actrice en tête. J’ai fait beaucoup d’essais avec la barbe. Toutes celles que j’avais convoquées étaient mal à l’aise, se grattaient, se regardaient dans le miroir. Bref, je ne trouvais pas. Et puis un jour j’ai rencontré par hasard Nadia (Tereszkiewicz, ndlr) dans la rue. C’était pendant le Covid. Elle portait un masque, mais je la connaissais et j’ai reconnu ses yeux. Je lui ai proposé le rôle.

Contrairement aux autres, elle n’a donc pas eu de coquetterie de comédienne?
Pas la moindre. Pas la plus petite hésitation. Je n’y croyais pas. Elle a immédiatement fait corps avec cette barbe. Elle dégageait une énergie solaire. Pourtant, jouer ce personnage n’est pas une mince affaire. On collait les poils un à un. Entre le maquillage et les costumes, cela nous prenait cinq heures chaque matin. Il s’agissait d’un travail méticuleux pour que Nadia s’approprie véritablement cette seconde peau, qu’elle ressente quelque chose qui lui était propre.

Le choix de Benoît Magimel pour lui donner la réplique s’est-il imposé d’emblée?
J’en avais envie, mais cela tenait du miracle de l’avoir. Nadia et lui ne s’étaient jamais rencontrés et ce n’était pas évident pour Benoît de se confronter à un tel personnage féminin. Mais il est dans la vérité. Il a de la grâce, comme elle. Alors que je suis ennuyeuse et classique, tous les deux sont hors norme. C’est ce que j’aime.

De la répugnance à l’amour

Rosalie a un secret. Depuis sa naissance, cette jeune femme que l’on découvre dans la France de 1870, souffre d’hirsutisme. Dit prosaïquement, c’est une femme à barbe qui vit recluse avec son père. Il la rase tous les matins. Un jour, il décide de la donner en mariage à Abel, un cafetier criblé de dettes. Ignorant la vérité, il l’épouse pour sa dot. La jeune femme est terrorisée à l’idée de se montrer nue lors de la nuit de noces, craignant d’inspirer du dégoût à son mari – ce qui est le cas lorsqu’il dévoile son corps couvert de poils. Mais peu à peu la répugnance fait place à l’admiration et à l’amour pour cette femme courageuse qui refuse de devenir un phénomène de foire. Non seulement elle assume et revendique avec fierté sa différence, mais en fait une force, bravant les moqueries des villageois. Héroïne, on s’en souvient, du controversé Les Amandiers de Valeria Bruni-Tedeschi, Nadia Tereszkiewicz met son talent au service de Rosalie, l’affranchie aux allures d’icône queer, qui affirme sa féminité contre les diktats de l’époque. Renonçant désormais à se raser, elle se montre fièrement avec sa barbe bien fournie dans le bistrot d’Abel (excellent Benoît Magimel), contribuant par ailleurs largement aux finances du ménage, après un pari réussi pour faire revenir rapidement les clients qui avaient déserté l’endroit.

Rosalie, de Stéphanie di Giusto (France, 2022), 1h55. Sortie le 10 avril dans les salles romandes