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Famille je te hais et je t’adore

Famille je te hais et je t’adore

Dans Something You Said Last Night, son premier long métrage, Luis De Filippis suit une jeune femme trans, dont une cohabitation estivale forcée va éprouver le farouche besoin d’indépendance.

Primée à Sundance en 2018 pour son émouvant court For Nonna Anna, où une jeune trans prend soin de sa grand-mère, l’Italo-Canadienne Luis De Filippis revient avec Something You Said Last Night, son premier long métrage récompensé dans les festivals de Rotterdam et San Sebastian l’an dernier. La réalisatrice, disant s’inspirer du travail de Céline Sciamma, Sofia Coppola ou encore Naomi Kawase, décrit son œuvre comme un collage d’expériences personnelles. Elle met en scène Ren, femme trans d’une vingtaine d’années. L’écrivaine en herbe, tenant à son indépendance mais venant de perdre son job, part à contrecœur en vacances avec ses parents Mona et Guido, ainsi que sa sœur Sienna, dans une maison au bord d’un lac. Cette cohabitation estivale forcée, notamment représentée par le partage du canapé-lit avec Sienna, va éprouver la soif de liberté de Ren.

Contrairement à ce qu’on pourrait imaginer, la transidentité, abordée de façon très réaliste, n’est pas le sujet principal. Non évoquée pendant toute la première partie du film, elle en impacte toutefois l’action et la dynamique, dans la mesure où on sent chez Ren, formidablement incarnée par Carmen Madonia, une sorte de mal-être. Mais s’il est certes lié à un quotidien qui ne correspond pas à la jeune femme, dans cette station balnéaire conservatrice et corsetée, ce malaise tient également à la vie d’adulte qu’elle doit désormais mener.

Un monde réduit à un quatuor plus ou moins dysfonctionnel

Tout en nous présentant poétiquement son intrigue par le prisme de la différence, Luis De Philippis nous raconte en fait l’histoire d’une jeune fille qui se trouve être trans, et passe des vacances en famille, entre tensions, grosses disputes, fous rires et private jokes. Taciturne, complexe, mais ni stigmatisée ni sensationnalisée comme le sont beaucoup de personnages trans décrits au cinéma, Ren est surtout tiraillée entre la perspective de devoir revenir chez ses parents et son besoin farouche d’autonomie.

Moyennement convaincue par la situation à laquelle est momentanément contrainte, Ren évolue dans un monde clos, réduit à un quatuor où on s’adore, se déteste, s’engueule, se bat, pour se rabibocher autour d’un plat de linguine ou d’un gâteau d’anniversaire. Cet univers rapetissé est ainsi formé d’une mère prétentieuse au tempérament explosif qui se fait beaucoup de souci pour sa progéniture, d’un père aimant, tolérant et soumis, préférant arranger les bidons en cas de soudaines déflagrations, d’une sœur qui joue les rebelles en se soûlant et se livrant à quelques ébats nocturnes. Et évidemment de Ren, plus posée et réservée. Souvent collée à son portable et tirant frénétiquement sur sa vapoteuse, comme en manque d’oxygène.

Something You Said Last Night séduit par son apparente légèreté, son humour, sa mélancolie et une certaine nostalgie. À l’instar de l’excellente Carmen Madonia, les trois autres principaux protagonistes donnent de l’authenticité à cette aventure qui commence et finit en voiture. Papa Guido est au volant, maman Mona à ses côtés et les filles à l’arrière. Dans la séquence initiale, elles rechignent à entonner le vieux tube de 1981 Sara perché ti amo qu’adore leur mère. À la fin, elles la suivent en le chantant à tue-tête. Ces deux scènes presque identiques symbolisent l’évolution subtile des liens qui unissent les membres de cette famille plus ou moins dysfonctionnelle. Comme tant d’autres.

Sortie dans les salles romandes ce mercredi 5 juillet.