Culture

Cheval de Troie des identités LGBTQIA+

Guy Chevalley et Noémie Schaub, fondateur et fondatrice de Paulette éditrice
Guy Chevalley et Noémie Schaub, fondateur et fondatrice de Paulette éditrice. Photo: Irina Popa.

Paulette éditrice a lancé sa collection Grattaculs en publiant «Cuisson au feu de bois», recueil de 23 textes sur les thématiques LGBTQIA+. Guy Chevalley, co-responsable de la maison, raconte la genèse du projet.

«Grattaculs est un helvétisme, un petit fruit piquant, ça dit quelque chose qui nous ressemble. On voulait proposer des genres littéraires assez libres, un univers riche et multiple, centré autour des identités LGBTIQ+. Cuisson au feu de bois est le premier ouvrage de notre collection», raconte Guy Chevalley, le co-responsable de Paulette éditrice. Avec Noémi Schaub, iels reprennent la maison d’édition en 2015, au départ de Sébastien Meier. «On s’est dit que c’était une formidable occasion d’avoir une maison à nous, pour pouvoir faire les projets qu’on souhaitait», explique-t-il. 

Guy et Noémi se rencontrent il y a douze ans, via le Prix du jeune écrivain de langue française, qu’iels obtiennent tout·es les deux. Leur amitié naissante amène la création du collectif AJAR, puis la reprise commune de Paulette éditrice. «Quand on est arrivé·es à la tête de Paulette, le catalogue était généraliste. On voulait asseoir une identité très forte. On a mis en place un nouveau modèle économique, un nouveau logo, un modèle d’impression en Suisse pour des raisons éthiques. En 2020, on a réfléchi à un nouveau projet. Nous avions en tête l’idée de nous tourner vers les communautés LGBTQIA+. C’est à ce moment que Grattaculs est né», raconte Guy.

Dimension communautaire
Tout de suite, la volonté de proposer un recueil à plusieurs mains est retenue. «On a lancé le projet sur la base d’un appel aux écritures, pour la prééminence symbolique d’ouvrir de cette manière la collection, afin que tout le monde puisse participer. On ne voulait pas entrer dans une logique de mise en concurrence. Il n’y avait pas de contraintes, mis à part le fait que le mot confiture devait figurer quelque part dans le texte, comme un clin d’œil à la confiture de grattaculs.» Quelque 76 textes reçus plus tard, le duo en sélectionne 23, aussi variés dans la forme que dans le propos. Poésie, fiction, manifeste… L’ouvrage laisse la parole à des artistes confirmé·e·x·s autant qu’à de nouvelles voix jamais entendues auparavant. 

Le titre, piquant et créatif, doit se comprendre comme une métaphore: «C’est le nom de l’une des contributions, écrite par un collectif qui s’appelle les Butches du Rhône. Cette proposition faisait le lien avec la confiture, et elle venait d’un collectif. On trouvait ça chouette que le titre reflète cette dimension communautaire. La cuisson au feu de bois, c’est un mode de cuisson parmi d’autres, de la même manière que nos identités sont une parmi d’autres».

S’adresser au plus grand nombre
Guy et Noémi envisagent la collection comme une porte ouverte à tou·te·x·s sur les existences LGBTIQ+. Le co-responsable raconte: «Un des tous premiers constats est qu’on intéresse beaucoup les personnes concernées. Mais on a pour ambition que nos textes s’adressent au plus grand nombre. On sent qu’on n’a plus tout à fait le même lectorat depuis que nos collections prennent un chemin différent. C’est dommage, ça me semble important qu’on traverse des frontières afin de mieux se comprendre. On aimerait servir de cheval de Troie.» Il raconte notamment une anecdote survenue lors d’une manifestation littéraire: «Une dame s’est approchée, a regardé le livre et a murmuré: «Collectif? Non!» Et elle est repartie. Comme si partager un espace de création révélait une forme de faiblesse. Pour nous, au contraire, le pluriel est un signe de force.»

On reconnaît une forme d’ambivalence des mots, des émotions, que l’on ressent souvent il me semble lorsqu’on est une personne concernée par les thématiques LGBTIQ+

Parmi les textes marquants, Guy en cite un en particulier: Fruits of Mer, «un véritable ovni». Il s’agit d’un dialogue en français/anglais entre deux personnages dans une baraque à poissons à Bordeaux. Le récit, hybride au niveau de la langue, des sentiments, du dispositif, désoriente le lectorat. «On reconnaît une forme d’ambivalence des mots, des émotions, que l’on ressent souvent il me semble lorsqu’on est une personne concernée par les thématiques LGBTIQ+, car tout ne peut pas être dit, tout ne peut pas exister dans la sphère publique. Joshua Kent Bookman arrive à explorer la beauté qu’il peut y avoir d’être ce qui ne se dit pas, mais se sait.»

La maison ne compte pas s’arrêter en si bon chemin et travaille sur un recueil bilingue français/anglais de l’artiste Romy Colombe. K. Ses poèmes racontent le réconfort collectif, la résilience, l’organisation collective. «Ce sera un bel ensemble, entre le cri de révolte et le murmure. Romy oppose la douceur des luttes à la violence des normes», promet Guy Chevalley.

Plus d’infos sur Paulette éditrice sur son site

Soirée autour de Lettres aux jeunes poétesses et Cuisson au feu de bois dans le cadre des festivals Les Créatives et la Fureur de lire; avec Camille Cornu, Wendy Delorme, Adel Tincelin, Thilda B., Ezra Sibyl Benisty, Labrini Amanda Terzidis et Greta Gratos en maîtresse de cérémonie; Maison Rousseau et Littérature; Grand-Rue 40 – Genève

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25 nov. 2021   Thèmes: Étiquettes : , ,

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