Culture

Vachement vôtre

Soya the Cow Daniel Hellmann
Photo: Maya Rochat

Végan engagé, l’artiste gay suisse Daniel Hellmann prête sa voix à la cause animale sous les traits de la drag vache Soya the Cow. Son premier album, «Purple Grass», sort ce mois-ci.

Elle a des yeux de biche, d’imposantes cornes, une belle robe blanche constellée de taches noires et une voix puissante. Soya the Cow, l’alter ego de Daniel Hellmann, est l’une des rares représentantes de l’espèce animale dans la scène drag. Une sorte d’ambassadrice queer, sexy et loufoque du véganisme. «Soya est une créature entre l’humain et le bovin, c’est une vache laitière qui revendique la libération de tous les animaux mais aussi de tous les humains», explique Daniel Hellmann. Cet artiste de 35 ans qui vit entre Zurich et Berlin partage sa vie entre le chant, la danse, le théâtre et la performance drag. Il est également en charge de la programmation des arts vivants au festival lausannois La Fête du Slip.

Le message que Soya the Cow délivre dans ses chansons se veut pacifique: «Tout le monde devrait être libre d’être joyeux, d’avoir une vie remplie de ce qui est agréable et beau plutôt que de ce qui est terrible et effrayant». Les titres des chansons de l’album, qui oscillent entre pop, rap et house, annoncent d’emblée la couleur: Soy much, Swish That Tail, Unbreed me

Pourquoi avoir choisi une vache plutôt qu’une poule, une truie ou une chèvre pour parler de véganisme? «En 2016, alors que je menais des recherches pour un spectacle de danse sur le thème de la viande, j’ai appris que pour produire du lait, les vaches étaient inséminées chaque année et qu’à la naissance elles étaient séparées de leur bébé et que le veau était tué. Ça a été un choc pour moi qui, en bon Suisse que je suis, adorais le fromage et consommait des produits laitiers. Ce qui me paraissait jusque-là normal devenait subitement taché de sang et de violence», se souvient Daniel, qui explique être alors passé du végétarisme et véganisme.

Dix poules
L’idée du personnage de Soya the Cow a germé deux ans plus tard lorsque Daniel séjournait en résidence artistique à San Francisco, totalement séduit et conquis par la vitalité de la scène drag locale: «Cette prise de parole forte, à la fois politique et très créative de l’art drag m’a beaucoup inspiré. Ça a fait clic dans ma tête. J’ai eu envie de combiner l’art drag, qui permet de questionner les normes, de provoquer, tout en amenant une touche d’humour et d’absurde, avec ces questions de libération animale.» Hors scène, Daniel s’engage entre autres au sein du mouvement végan et écologiste Animal Rebellion et ne manque jamais une occasion de faire sa part. Comme ce jour où il a sauvé dix poules pondeuses promises à l’abattoir à la fin d’un concert donné dans une ferme bio, ou durant le lockdown de l’hiver dernier, durant lequel il a travaillé comme bénévole dans le sanctuaire pour animaux Hof Narr, dans le canton de Zurich.

Purple Grass, sortie le 15 avril, onze titres, dont le single Soy Much.
Thèmes: Drag queens  Végane  Zurich 

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