Culture

Black Movie en ligne pour sa 22e édition

Tsai Ming-Liang revient avec «Days».

Deux œuvres queer à ne pas manquer au sein d’une programmation riche de 84 longs et courts métrages en provenance de 48 pays.

Confronté à la fermeture prolongée des salles de cinéma, le festival international de films indépendants Black Movie, à l’instar de nombreux rendez-vous culturels victimes du coronavirus, se voit contraint de proposer sa programmation en ligne pour sa 22e édition. En partenariat avec la plateforme de VOD Shift72 affiliée au site web Festival Scope, cette escapade virtuelle se veut flamboyante et festive en dépit de la pandémie. Comprenant des productions de 48 pays réparties en sept sections thématiques, ouverte à tout le monde, elle se déroulera du 22 au 31 janvier.

Au menu, 84 métrages (41 longs et 43 courts) dont, fait remarquable, 28 sont signés de réalisatrices notamment auteures de portraits de femmes sans concession. Le public retrouvera par ailleurs, dans son salon, de grands habitués du festival: le Sud-Coréen Hong Sang-soo, lauréat de l’Ours d’argent début 2020 à Berlin avec «La Femme qui s’est enfuie», le Japonais Sion Sono, avec la première européenne de «Red Post on Escher Street», un cri d’amour aux figurants du cinéma, ou encore le Kazakh Adilkhan Yerzhanov, de retour avec «Ulbolsyn», récit autour du traquenard d’un mariage arrangé.

De la dictature de Pinochet…

Au sein de cette riche programmation qui propose encore, entre formats originaux et esthétiques alternatives, «DAU. Degeneration» des Russes Ilya Khrzhanovskiy et llya Permyakov, un marathon de… 6 heures 30, on s’attachera plus particulièrement à deux cinéastes. D’abord le Chilien Rodrigo Sepúlveda, dont le «Tengo Miedo Torero», présenté à la Mostra de Venise, est adapté du roman de l’écrivain queer Pedro Lemebel. 1986, en pleine dictature de Pinochet. Un travesti marginal vieillissant accepte, par amour pour un beau révolutionnaire hétéro préparant un attentat, de cacher des documents secrets chez lui. Tous deux s’engagent alors dans une dangereuse opération clandestine.

Cette œuvre vibrante, poignante qui, suite à une ouverture sanglante, privilégie une violence hors-champ tout en laissant planer l’ombre menaçante du tyran derrière le romantisme, doit surtout son succès à la performance d’Alfredo Castro. Egérie du cinéma d’auteur latino-américain, on l’a vu exceller dans plusieurs rôles gay comme «Les amants de Caracas» ou «El Príncipe».

… à la solitude de l’être humain

De son côté Tsai Ming-Liang revient avec «Days», lauréat du Teddy Award à la dernière Berlinale. Dans ce film contemplatif, sans dialogues mais rempli de sons du quotidien, le réalisateur taïwanais suit deux hommes que tout sépare. D’un côté Kang, oisif aisé, affecté d’un mal étrange qui le force à porter une minerve, de l’autre Non, un jeune Laotien précaire immigré à Bangkok, à la recherche d’un travail. Ils vont se rencontrer l’espace d’une nuit dans une chambre d’hôtel où ils partageront étreintes sexuelles sur fond de massage sensuel.

Concentration et patience sont exigées face à la lenteur parfois éprouvante des plans dans cet opus hypnotique, libérant pour quelques heures deux êtres murés dans leur solitude.

Notons encore qu’en parallèle des séances de films en ligne, trois tables rondes seront proposées sur le site web et les réseaux sociaux du festival. Par ailleurs, face à l’impossibilité de recevoir des invité·e·s à Genève, Black Movie a offert aux cinéastes la possibilité d’enregistrer des entretiens, qui accompagneront les films en ligne. Ils seront également disponibles sur le site

Un mot enfin sur le Petit Black Movie, destiné aux plus jeunes cinéphiles, avec une sélection de 34 films issus de 25 pays, dont le Japon, la Tchéquie, le Liban et l’Australie. Il y sera question de préservation de la nature et des animaux, de transmission et de solidarité, ainsi que de puissance de l’imaginaire.

Black Movie, du 22 au 31 janvier. Les films sont à visionner à des horaires précis, pour une durée de quatre heures. Le nombre de places virtuelles est limité. Plus d’infos sur blackmovie.ch

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